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Freetime

        

De Toshiki Okada, création par la Cie Le mythe de la Taverne (Colmar), mise en scène Jean-Marc Eder.

Jean-Marc Eder, ancien comédien du Théâtre national de Strasbourg, a fondé il y a 10 ans sa propre compagnie, le Mythe de la Taverne, à Colmar. Il tourne en Alsace avec sa nouvelle création, Freetime, qui pose question sur ce que nous faisons de notre temps libre.

Une femme vient tous les jours à la même heure dans un resto gribouiller dans un carnet, suscitant la curiosité du serveur et des clients © Alex Grisward Une femme vient tous les jours à la même heure dans un resto gribouiller dans un carnet, suscitant la curiosité du serveur et des clients

Vous avez fondé Le Mythe de la Taverne en 2007 à Colmar : quelle est votre ligne directrice ?

Cela fait 35 ans que je fais du théâtre, surtout en tant qu’acteur. Je suis venu en Alsace comme comédien dans la troupe du Théâtre national de Strasbourg où j’ai beaucoup travaillé avec Stéphane Braunschweig. Puis j’ai décidé de créér ma propre compagnie, qui fête ses 10 ans cette année, pour devenir metteur en scène et monter mes propres spectacles, dans une approche pluridisciplinaire. Le premier spectacle a été fondateur : il reprenait des textes du peintre Kandinsky avec des représentations au Musée d’art moderne de Strasbourg sur l’art synthétique, qui correspond justement à cette notion de pluridisciplinarité. A chaque pièce, je travaille avec un autre art que le théâtre, que ce soit la danse, la musique, etc.

Vous adaptez une pièce d’un jeune dramaturge japonais, Toshiki Okada, encore peu joué en France. Qu’est-ce qui caractérise son théâtre ?

J’ai un rapport très fort à la culture japonaise depuis de très nombreuses années. J’ai fait de la danse butô, regardé le cinéma japonais, et j’ai joué dans un texte et dans une mise en scène d’Oriza Hirata qui a renouvelé l’écriture japonaise au théâtre et qui fait un peu figure d’aîné de la nouvelle dramaturgie japonaise. Toshiki Okada se reconnaît dans son oeuvre mais s’en démarque : il écrit beaucoup sur la génération des freeters, des jeunes gens qui sont en rupture avec le modèle familial et hiérarchique encore très fort au Japon. Ils travaillent par intérim, vivent dans la rue, dorment dans des cyber cafés : des précaires en quelque sorte. J’aime l’engagement politique d’Okada, qui reste dans une forme théâtrale.

Que raconte Freetime ?

C’est l’histoire d’une jeune fille qui travaille par intérim dans une grosse société : elle se lève une demi-heure plus tôt chaque jour pour se dégager une demi-heure de temps libre. Elle se rend dans un restaurant franchisé pour écrire un journal, puis finalement elle se rend compte que les mots ne sont pas tellement importants, que c’est le geste d’écrire qui l’est, donc elle fait des gribouillages. Cela lui permet de se déconnecter. Elle garde ainsi un temps pour elle.

Qu’est-ce qui vous a donné en vie de monter cette pièce à l’intrigue si déroutante ?

J’aime le propos et la forme. Pour ce qui est du propos, il faut savoir que la culture japonaise n’a rien à voir avec la nôtre. En Europe, on est à la recherche du sens. Au Japon, il y a une absence de sens. C’est assez dérangeant pour le spectateur parce qu’on a l’impression que ça ne parle de rien. Au bout d’un quart d’heure, on a compris l’histoire, et on a l’impression que rien ne va bouger. C’est quelque chose que j’aime beaucoup parce qu’on est dans une société qui cherche tellement du sens partout qu’on ne fait plus attention à l’infime. C’est comme lire un haïku : parfois, on se dit que ce n’est rien ; parfois, on lui trouve un sens métaphysique.

Et sur la forme ?

Cette pièce est comme de la musique contemporaine : il y a une phrase musicale qui se répète et qui change un tout petit peu. Le premier texte est un récit ; le second est un monologue, le troisième est un dialogue. C’est le même texte, repris trois fois, avec quelques variations parce qu’on change de points de vue : celui du personnage principal, Mlle Koga, de la serveuse et des clients qui fantasment sur elle. Ce qui est compliqué dans la mise en scène, c’est de trouver des manières de faire du théâtre différemment à chaque variation.

Vous faites du théâtre pluridisciplinaire : à quelle discipline faites-vous appel ici ?

J’ai fait appel à Odile Liger, professeur de gravure à la HEAR, qui sera cette femme qui gribouille. Elle aura une présence très forte sur scène, sans dire beaucoup de texte. On sera quatre comédiens autour d’elle, à essayer de comprendre le mystère de cette femme, un peu comme des détectives qui mènent l’enquête. Je veux que le public soit partie prenante de cette recherche, qu’on soit tous là à essayer de comprendre qui elle est. Pour le spectateur, cela demande un petit effort de concentration.

Vous le disiez : la culture japonaise et française sont très éloignées. Vous pensez que ce texte parlera à tous ?

Le temps libre, ça parle à tout le monde. Et beaucoup de spectateurs à la fin de la représentation prennent conscience qu’ils ne prennent pas suffisamment de temps pour eux. Ce n’est pas une spécificité japonaise : les psys parlent d’un phénomène nouveau, le stress du temps libre, parce ce qu’on veut le rentabiliser. C’est devenu un geste commercial : on va dans les gymnases club, on va dans les commerces…Le temps pour soi permet de s’extraire de tout ça. Et pour un enfant, l’ennui est un moment essentiel.


☛ Propos recueillis par Sandrine Bavard

Infos pratiques

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    Espace 110 - Centre culturel d'Illzach 68110 Illzach

    Renseignements :

      03 89 52 18 81
      www.espace110.org

    Horaires :

    Samedi 29 Avril 2017 à 20h

    Tarifs :

    5,50/15/18€

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  • Une femme vient tous les jours à la même heure dans un resto gribouiller dans un carnet, suscitant la curiosité du serveur et des clients © Alex Grisward
  •  © DR

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