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Claude Lebourgeois : après 33 ans, sa dernière programmation à la Foire aux Vins

Claude Lebourgeois en compagnie du grand Charles, en 2015 à Colmar, l\'un de ses grands souvenirs Claude Lebourgeois en compagnie du grand Charles, en 2015 à Colmar, l'un de ses grands souvenirs © Benoit Facchi

Les concerts à la Foire aux Vins de Colmar, c'est Claude Lebourgeois qui les programme depuis plus de trois décennies. Si vous avez vu Johnny ou Deep Purple quand vous étiez gosse, c'est à lui que vous le devez. Cette année, le programmateur rend son tablier.    Par Mike Obri

Lors de son ultime conférence de presse à Colmar, Claude Lebourgeois annonce aux journalistes présents que c'est sa dernière année à la programmation du festival de la Foire aux Vins. Ses collègues du Parc Expo de Colmar, bien qu'au parfum depuis longtemps, ont alors visiblement du mal à contenir leur émotion durant plusieurs minutes. Claude est là depuis 33 ans. Il a fait venir dans la mythique "coquille" de Colmar : Joe Cocker, Johnny Hallyday, Charles Aznavour, Pink, Indochine, Black Eyed Peas... voire plus radical comme Marilyn Manson, Motörhead, Iron Maiden ou Bernard Minet avec les Musclés.

Souvenirs, souvenirs...

Tout cet héritage de grands concerts t'heim (juste à côté de chez soi), c'est à Claude qu'on le doit. L'auteur de ces modestes lignes se rappelle de son tout premier concert, assis à côté de papa-maman... Michel Delpech, à la Foire aux Vins, en 1989, à l'âge de 7 ans. Les paroles de la chanson des Divorcés lui avaient collé l'un de ses premiers seums existentiels. 1989 : la première année de programmation de Claude à Colmar ! Beaucoup de trentenaires, quadras ou quinquas alsaciens ont des réminiscences musicales du même ordre, sans doute un poil plus légères et allègres.

« Mais à 69 ans, il faut savoir s'arrêter, et la relève est en place, avec Nicolas Pierrat que j'ai formé et qui programme déjà le festival 2023. Il a la jeunesse, la fougue. Toutes les planètes sont alignées », sourit Claude Lebourgeois. Très impliqué dans la vie associative locale et dans l'univers des objets d'art, le futur retraité ne passera clairement pas ses après-midis devant Maigret à la télé. Quelles sont les ficelles de vieux roublard qu'il a absolument tenu à transmettre à son successeur ? « Il ne faut pas tenir compte de ses goûts personnels, mais des goûts du public ; et surtout, ne pas se prendre pour des artistes nous-mêmes. à Colmar, la politique a toujours été d'offrir le meilleur accueil possible aux artistes, qu'ils se sentent comme chez eux. On n'est jamais qu'une petite ville de campagne... Un artiste non-stressé, c'est un artiste qui va pouvoir être en mesure d'offrir un super spectacle aux gens ! »

Créer l'osmose

« En arrivant à la FAV, le festival faisait dans les 6000 spectateurs sur les dix jours ! » Et à l'époque, la place coutaît 15 ou 30 Francs. « Il y a des règles à suivre pour réussir ton pari, car si tu te loupes sur une date, les répercussions financières pour la foire sont énormes. L'inflation, parlons-en. Exemple : j'ai un artiste dont la venue en 2019 était tarifée 300 000€. En 2023, c'est 500 000€. Pour le même show. Il y a de quoi se poser des questions. La retraite va m'enlever ce stress-là, c'est un soulagement », nous glisse-t-il.

Sa maman artiste-peintre l'a fait rencontrer Picasso ou Dali tout gamin. Des rencontres qui l'ont marqué à tout jamais - comme celles avec Charles Aznavour, Sting, Nicola Sirkis ou Leonard Cohen... Unique petit regret : il aurait aimé programmer Prince, Bowie ou Amy Winehouse. « Quand j'avais 15 ou 20 ans, je ne pouvais imaginer qu'un jour, je discuterai avec James Brown et ces artistes mythiques. C'est un métier fascinant, qui consiste au final à donner du bonheur aux gens, et qui se vit 24h/24, 7j/7. Quand tu vois 10 000 personnes qui chantent en osmose avec un artiste ravi d'être là... tu ne peux que partir heureux. »

Une chanson en boucle ? 
Tout l'album « If on a Winter's Night » de Sting.

Votre livre de chevet ?
« Tous les hommes n'habitent pas le monde de la même façon », de Jean-Paul Dubois.

Un film qui vous a marqué ?
« La Liste de Schindler ».

Une personnalité admirée ?
Sûrement pas un politique ! (rires) Bien qu'en y réfléchissant... Simone Veil.

Un café ou resto dans le coin ?
L'Auberge de l'Ill, la gastronomie n'étant pas le seul critère. C'est la famille Haeberlin que j'adore. Si humbles.

Votre dernière grande joie ?
Mon épouse et mes filles, chaque jour.

Votre dernière grande colère ?
Le pompier, dans l'exercice de son travail, qui se fait frapper par une manifestante le 1er mai dernier... C'est révoltant. Il faut vraiment être abrutie.

Truc préféré en Alsace ?
Une ferme-auberge, pour son authenticité. L'aubergiste qui te raconte l'histoire du lieu, de sa famille. C'est le lieu familial qui représente bien tout l'esprit alsacien.

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