Visiter le musée Tinguely, c'est comme retomber en enfance : le royaume de tous les possibles, de l'imagination débridée, de machines fantastiques, des assemblages loufoques. Et il suffit d'appuyer sur un bouton pour voir ces sculptures se mettre en marche, vivantes et bruyantes, sous le regard amusé, surpris ou émerveillé du visiteur.
© Sandrine Bavard
Au musée Tinguely, on peut mettre en marche les machines, et même monter dedans pour certaines.
Si l'on remonte 60 ans en arrière, le regard était sans doute nettement plus perplexe : « Jean Tinguely était avant-gardiste. Dans les années 50, en sculpture, on utilisait du marbre et du bronze. Lui a travaillé toute sa vie avec des matériaux de récupération, et les sculptures en fer, même après la guerre, étaient détonnantes dans le paysage : on se demandait s'il était juste de souder une sculpture. Surtout, on pensait résoudre les problèmes du monde avec des machines. Il n'était pas évident qu'un artiste produise des machines qui ne servent à rien », explique Andres Pardey, vice-directeur du musée.
Dans les années 60, Jean Tinguely rejoint les nouveaux réalistes, un mouvement artistique défini par son fondateur Pierre Restany comme un « recyclage poétique du réel urbain, industriel, publicitaire » et qui regroupe des artistes comme César, Yves Klein, Daniel Spoerri... A partir des produits issus de la société de consommation, ils décrivent une réalité nouvelle. Dans l'univers de Jean Tinguely, on retrouve ainsi toutes sortes d'objets quotidiens, tels que des jouets en plastique, des fourrures d'animaux ou des déchets de ferraille.
Son idée géniale ? Avoir motorisé ces sculptures, changeant ainsi radicalement la perception de l'œuvre d'art devant nous. Par exemple, ses tableaux, proches de la peinture abstraite, intègre un mécanisme pour que les lignes bougent, changeant à chaque fois les perspectives et constituant ainsi un nouveau tableau. Il a aussi crée des machines à dessiner : le visiteur met une feuille blanche sur un plateau, place le feutre sur la page, et met en route le mécanisme. La machine réalise un dessin, parodiant « la rage de l'expression » des peintres abstraits : « Il y a trois artistes dans le dessin : Tinguely, la machine et le visiteur. Ce qui pose forcément la question : qu'est-ce qu'une œuvre d'art ? », souligne Andres Pardey.
Jean Tinguely n'était pas à une facétie, à une provocation près. Il s'est rendu mondialement célèbre avec une gigantesque construction, L'Hommage à New York, installée dans le jardin du Museum of Modern Art en mars 1960, qui s'est autodétruite en 30 minutes, provoquant ainsi un grand scandale. Quand la Suisse lui passe commande pour l'exposition nationale de 1964, il crée Eureka aujourd'hui installée à Zurich : « une machine rouillée, peinte en noire, loin d'être parfaite, qui fait beaucoup de bruit, en totale contradiction dans cette exposition qui était une démonstration du pouvoir de l'industrie », raconte Andres Pardey.
Dans les années 80, la vision de Tinguely se fait plus sombre. Victime de graves problèmes de santé, il choisit des objets plus morbides pour constituer ses sculptures : bois mort, crânes, squelettes... Il réalise en 1987 la Danse macabre, à partir de débris retrouvés après l'incendie de la ferme de son voisin, essentiellement des machines agricoles et du bois brûlé. Et il est vrai que mise en action, cette danse macabre vous donne le frisson.
Tour à tour humoristique, poétique, grotesque, insensée, les œuvres de Tinguely sont avant tout vivantes, interactives et ludiques. Et rares sont les artistes à avoir poussé aussi loin cette communication avec le public.
Où :
Musée Tinguely - Bâle 4002 Bâle
Contacts :
41 61 681 93 20 ou www.tinguely.ch
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