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Rencontre avec Bernard Bloch, un théâtre d'idées

Bernard Bloch a longtemps vécu à Mulhouse avant de fonder une nouvelle compagnie à Montreuil Bernard Bloch a longtemps vécu à Mulhouse avant de fonder une nouvelle compagnie à Montreuil © dr

« La jouissance est dans la pensée ». Bernard Bloch, comédien et metteur en scène né à Mulhouse, met en pratique cette philosophie au théâtre depuis 40 ans.

Propos recueillis en octobre 2011.

Bernard Bloch a commencé au conservatoire d'art dramatique de Mulhouse et au théâtre de Poche où il a joué jusqu'à ses 19 ans. « Une expérience formidable. Ma plus belle année de jeunesse remonte à ma Terminale parce que je faisais beaucoup de théâtre. L'éducation artistique est méprisée dans le système scolaire, alors que c'est une chose qui fonde l'envie d'apprendre. Chez moi, c'était spectaculaire, ça donnait du sens à ma vie. »

Mai 68 et les Jeunes Communistes

Paradoxalement, Bernard Bloch choisit des études scientifiques, et pas n'importe lesquelles : une prépa maths sup au lycée Kléber à Strasbourg. Quand survient mai 68 : le jeune homme fait grève, quitte la voie des grandes écoles pour aller à la fac, devient secrétaire de la propagande de l'Union des étudiants communistes. Deux ans plus tard, on lui propose de jouer dans Les prisonniers de la baie des cochons mis en scène par Gaston Jung : « C'était une sacrée expérience pour moi car j'étais le seul comédien amateur, qui plus est militant politique, parmi les jeunes qui sortaient de l'école du Théâtre national de Strasbourg. »

Si son engagement politique à pu lui causer du tort sur certaines productions, Bernard Bloch a aussi bénéficié « des solidarités du réseau ». Il rejoint Robert Girones au Théâtre de la Reprise, joue dans Playa Giron 71 présentée au festival d'Avignon. Et il se fait de plus en plus remarqué : « Je n'avais pas vraiment une tête de jeune premier, j'avais une gueule comme on dit, ce qui m'a permis rapidement de jouer des seconds rôles à la télévision. Je pouvais gagner en une journée ce que je gagnais en un mois au théâtre. Cela a constitué jusqu'à 40% de mes revenus, ce qui m'a permis de toujours faire ce que je voulais depuis 1971.»

Expérience communautaire

Dans les années 70, Bernard Bloch fonde avec Denis Guénoun et Patrick le Mauff la compagnie L'Attroupement et vit dans un grand appartement à Strasbourg en communauté à l'instar des hippies : « Une expérience hippie sans la drogue, car notre drogue était le théâtre », précise le metteur en scène. Les membres refusent le salariat, les demandes de subventions et vivent uniquement de leurs recettes et des cartes de co-productions qu'ils vendent au public. Et tout se partage : l'argent, les fringues, les amours : « On n'avait pas de vie privée, tout était public, même les histoires d'amour. La jalousie était interdite, donc on n'avait même pas le droit de montrer qu'on était jaloux, et même pas le droit de montrer que l'on souffrait. Cette vie était passionnante, mais épuisante, j'ai quitté la troupe avec 20 francs, le résultat de trois ans de travail», se rappelle Bernard Bloch.

Il retourne à 28 ans chez ses parents et trouve des petits boulots. Mais il a dans la tête un projet : Faust, premier spectacle qu'il met en scène : « Je ne trouvais plus mon compte à ne porter que la parole des autres. En même temps, je ne pouvais pas me passer d'être acteur. J'ai tout fait pour rester metteur en scène et acteur, mais pas les deux en même temps, car ce serait comme vouloir être le père et le fils en même temps. Jouer, c'est s'abandonner ; mettre en scène, c'est tout le contraire. »

Il fonde alors avec sa femme Elisabeth Marie (aujourd'hui son ex-femme) le Scarface Ensemble à Mulhouse qui va créer jusqu'à 12 spectacles en 15 ans d'existence. Et le choix de ce territoire n'est pas un hasard : « Mulhouse nous a intéressé parce que c'est une ville de contraste, de conflit, de mélange. Sa beauté tient à sa dureté. C'est une ville très moderne où les questions politiques et sociales se posent de manière accrues, une ville authentique qui n'est pas dans le bling bling. »

Un théâtre politique

Voyant que le centre dramatique qu'il souhaite créer restera un vœu pieu, il reprend ses valises et les pose à Montreuil, Seine-Saint-Denis où il fonde Le Réseau (théâtre). « Je voulais me confronter à des situations où l'on se trouve au centre des conflits actuels et où se pose la question du vivre ensemble. Quand on fait ce genre de métier, on se retrouve vite dans une bulle et j'aurais pu m'y enfermé à une période où je gagnais beaucoup d'argent. Et je l'ai refusé en connaissance de cause : je serai devenu un outil de divertissement général, plus en prise sur le monde. »

Attaché à des territoires réputés difficiles, Bernard Bloch pratique un théâtre politique dont le sens a évolué, comme lui, au fil des années : « Dans les années 70, je faisais du théâtre militant, qui disait aux gens ce qu'il fallait faire. Maintenant, je fais un théâtre d'idées et de provocation, qui n'assène pas de vérités. Ce n'est pas un théâtre de divertissement –d'oubli- mais un théâtre qui doit être divertissant par l'intelligence. »

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