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Brice Lefaux, directeur du zoo : « On n’a jamais eu autant besoin de parcs zoologiques »

Brice Lefaux, devant le bassin des ours blancs au Zoo de Mulhouse Brice Lefaux, devant le bassin des ours blancs au Zoo de Mulhouse © Catherine Kohler

Brice Lefaux, le directeur du Parc Zoologique de Mulhouse, est un homme impliqué dans la conservation des espèces menacées. il nous explique l’absolue nécessité de les protéger.  Par Mike Obri

Brice Lefaux nous reçoit dans son bureau, à quelques encablures de l’enceinte des populaires petits pandas roux. « Le zoo, c’est comme le Temple Saint-Etienne, c’est un véritable monument ! Les Mulhousiens y sont très attachés. Je l’ai toujours perçu ! », analyse le directeur du zoo, arrivé en 2010 de l’Ouest de la France.

« La direction d’un zoo, c’était pour moi un nouveau challenge à relever, surtout au niveau du management. Aujourd’hui, l’aspect vétérinaire, c’est vrai, me manque un peu... J’aimerais passer plus que 4 ou 5 heures par semaine avec les animaux ! La partie administrative est très chronophage. Les procédures sont forcément lourdes pour un lieu comme celui-là. Un peu plus de simplicité, parfois, ferait du bien », sourit Brice Lefaux, toujours d’un calme olympien.

L’homme est un animal comme les autres

« Gosse, j’ai eu une chienne avec qui j’ai eu une relation assez fusionnelle. Le respect pour la nature animale a toujours été là, je me suis lancé assez logiquement dans des études vétérinaires. Comme j’aime bien la recherche, je me suis tourné rapidement vers la primatologie, puis l’écologie et la biologie de la conservation, avec l’aspect génétique. Pour moi, l’homme est au même niveau que l’animal », poursuit Brice Lefaux, en évoquant son parcours studieux.

En 2021, le Zoo de Mulhouse se verra doté d’un nouvel espace d’un hectare et demi, Horizon Afrique, où cohabitera une quarantaine d’espèces africaines, comme des girafes, des hippopotames et des gazelles. « Il faut se donner les moyens d’attirer le plus de visiteurs possible, sans être trop commercial - on n’est pas Disneyland - ni uniquement tourné vers l’aspect conservation. Une dynamique est nécessaire. Réaliser plus de recettes, cela signifie aussi moins de dépenses à la charge de m2A, et donc, du contribuable. Avec Horizon Afrique, on va clairement passer à un tout autre niveau », explique-t-il.

Pourquoi encore des zoos ?

Impossible de ne pas évoquer avec lui le poncif menant souvent au point Godwin sur les réseaux sociaux : ces animaux en captivité ne seraient-ils pas mieux dans la nature ? « Faut-il encore des zoos en 2019 ? si on se pose la question, c’est que nous n’avons pas bien expliqué ce qu’on fait ici », poursuit Brice Lefaux.

« Je respecte toutes les opinions - mais aux croyances, j’oppose la science. La biodiversité est menacée comme jamais. J’ai la chance de voyager, notamment dans le cadre de mes missions de préservation d’espèces menacées. Je ne vois pas d’autres solutions que la conservation pour que survivent certaines espèces. Bien sûr que je préférerais voir nos Lémuriens aux yeux turquoise à Madagascar, à leur place, plutôt que dans notre volière ! Mais le grand public voit-il seulement comment on bousille la forêt là-bas ? Sans ces programmes de sauvegardes : terminé. Ce Lémurien, il n’y en aurait plus », estime le spécialiste. Un zoo tourné vers les programmes de sauvegarde reste une vitrine où l’on fait prendre conscience au grand public de l’importance de la biodiversité. « Reconnecter l’homme urbain à la réalité de la nature, c’est aussi ça, la mission d’un zoo. »

Une musique en boucle ? 
« Plus Rien » des Cowboys Fringants : « Mon frère est mort hier au milieu du désert / Je suis maintenant le dernier humain de la Terre »... C’est parlant.
Votre livre de chevet ?
« Le Gène égoïste », de Richard Dawkins. Qui explique l’impérieuse nécessité de se répliquer de tous les êtres vivants.
Une personnalité que vous admirez ?
Admirer, peut-être pas... mais j’adore Dali !
Un resto dans le coin ?
Los Buenos Dias à Mulhouse, bar à tapas.
Ce qui vous émerveille dans la vie ?
Savoir que l’odeur de la terre est la même... partout sur la planète.
Votre dernière grosse colère ?
Les mecs qui balancent leurs déchets par la fenêtre de la bagnole. C’est plus possible en 2019 !
Le truc que vous adorez en Alsace ?
Cette volonté populaire d’être tous ensemble pendant la période de Noël.
Le truc qui vous gonfle en Alsace ?
Le Mulhouse bashing.

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