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Rencontre avec Gaëtan Creste, membre de l'association mulhousienne Epistrophe.

Gaëtan Creste, membre de l\'association mulhousienne Epistrophe. Gaëtan Creste, membre de l'association mulhousienne Epistrophe. © Sandrine Bavard

Gaëtan Creste est l’une des chevilles ouvrières de la jeune association mulhousienne Epistrophe. Objectif : promouvoir les cultures urbaines et créer du lien entre toutes les générations grâce à des projets innovants.

Propos recueillis en décembre 2013.

Gaëtan Creste est un esprit curieux. Comme le prouve son parcours universitaire, commencé avec des études d’architecture, poursuivi par des Langues étrangères appliquées et une année en Histoire de l’art. Comme le prouve aussi son immersion au Danemark, grand pays du design et de l’architecture, pendant ses études : « C’était une grosse parenthèse pour découvrir une autre mentalité, une autre approche de la vie et de la communauté. Il y a beaucoup d’initiatives culturelles, un esprit libertaire et subversif, beaucoup d’innovations dans ce pays. Les gens osent, tout simplement. »

De retour à Mulhouse, Gaëtan Creste voit la ville comme un grand terrain de jeu et d’expérimentation à valoriser : « Mulhouse, c’est une histoire complètement à part, un des fleurons industriels de la France, une ville créative avec tous les motifs textiles inventés ici et avec tous ces murs peints. Une histoire qu’il faut revendiquer. Elle est connotée négativement, mais c’est une des villes les plus jeunes de France, une des plus cosmopolites avec 136 nationalités. Si on se penche bien sur la question, elle n’a que des atouts. »

Et Gaëtan Creste se penche tellement sur la question qu’il rédige les statuts de l’association Epistrophe avec Moussa Sy, un projet populaire et social, qui veut créer du lien entre les générations et faire tomber certaines barrières culturelles. Cela commence à Pâques 2012, avec une grande chasse aux œufs dans le quartier Franklin-Fridolin: « Les œufs étaient cachés dans les fissures des murs. C’était un moyen de découvrir l’environnement urbain avec un autre regard, de s’intéresser au vécu du quartier, de le voir avec des yeux neufs, et peut-être de manière poétique et onirique. »

L’association, qui compte une dizaine de bénévoles, a eu plein d’autres idées depuis : remplacer le son des cloches du temple Saint-Etienne par la voix d’habitants de Mulhouse, programmer un cycle de « documenteurs » au cinéma Le Bel Air, organiser des open mic ouverts aux artistes hip hop dans les bars mulhousiens.
Et comme l’association veut démocratiser la culture urbaine au plus grand nombre, elle a monté avec d’autres associations locales à l’été 2012 la première édition des BOZAR, une session graffiti quai des Pêcheurs pour réaliser une grande fresque de 300 mètres. Avec une autre approche de l’art : « Quand on se rend dans un musée, il y a toujours cette démarche savante d’expliquer ce qu’est une œuvre d’art. Pour nous, la qualité intrinsèque de l’œuvre suffit, il n’y a pas besoin d’en rajouter. Cela décomplexe celui qui vient voir ces œuvres. »

Epistrophe a ensuite exporté à Mulhouse le concept de l’association parisienne du M.U.R (pour Modulable, Urbain, Réactif), pour réaliser des fresques éphémères en ville sur 8 mètres par 3. Et pour une première, l’association a réalisé un coup de maître : le portrait géant de Shaka à l’été 2013 a tellement plu aux habitants et à la municipalité qu’il a été conservé Passage Teutonique. « On avait choisi un emplacement à côté des Beaux-Arts, un clin d’œil pour dire que l’art urbain, le plus démocratique et le plus populaire qui soit, fait partie intégrante des Beaux-Arts », confie Gaëtan Creste. En tout cas, grâce à Epistrophe, le street art fait un peu plus partie de la ville, avec une fresque réalisée chaque mois rue de la Moselle.

Des goûts et des couleurs

En boucle sur votre Ipod ?
Groundation.

Votre livre de chevet ?
Les Brèves de comptoir.

Un spectacle à ne pas manquer ?
Le festival Momix.

Une personnalité que vous admirez ?
Vik Muniz, artiste contemporain brésilien, qui a mené un projet participatif avec des chiffonniers dans son pays. C’est l’art au service d’une cause et d’une population.

Un endroit où vous sentez bien ?
A Motoco, un lieu d’expérimentation formidable. C’est là que toutes les connexions trinationales vont se faire dans les prochaines années.

Votre bar ou resto préféré dans le coin ?
Le Gambrinus, parce que ça bouge, qu’il y a de la bonne bière et de belles expos.

Le truc que vous appréciez chez les autres ?
Leur sympathie.

Le truc qui vous énerve chez les autres ?
L’hypocrisie.

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