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Renato Montanaro, un artiste qui a du chien

Renato Montanaro et sa nouvelle série de Portrait au trait Renato Montanaro et sa nouvelle série de Portrait au trait DR

Joueur mais bosseur, Renato Montanaro est un artiste qui a du chien. Et on ne dit pas ça qu’à cause d’Hector, son bouledogue, un de ses grands succès.

Propos recueillis en avril 2015.

Depuis deux ans, Renato Montanaro est entré dans une nouvelle ère, celle du Portrait au trait. Des visages déstructurés et géométriques, très stylisés, hachurés, tressés, végétalisés, qui s’affichent sur des toiles en acryliques, des tableaux en 3D, du PVC découpé, en buste et même sur du plexiglas…
Comme souvent dans son travail, Renato Montanaro aime tordre son idée dans tous les sens pour voir où cela peut le mener. « Je suis toujours à la recherche d’une nouvelle technique, ça m’amuse et m’excite. Les tableaux en 3D par exemple, ce n’est ni une sculpture, ni un bas-relief, ni un tableau… Je me suis dit : au lieu de peindre les formes, pourquoi je ne les découperai pas ? Ce que j’adore dans ce travail, c’est qu’il y a enfin une cohésion entre mon travail de sculpture et peinture. » Paradoxalement, avec cette série, Renato Montanaro revient à la base, le dessin, qu’il a appris en cours du soir aux Beaux-Arts de Mulhouse : « Ma passion pour la peinture était tellement forte que j’avais peur d’échouer si je n’avais pas les bonnes bases. J’ai adoré cette période ! Au début je faisais des dessins académiques, respectant les proportions, puis j’ai réussi à m’approprier ce que je voyais. » Et aujourd’hui, quand il dessine une odalisque aux énormes pieds, il s’exclame : « Tout est faux, mais il y a une justesse dans l’harmonie. Il y a cette phrase d’Ingres qui m’a marqué : "Jamais cou de femme n’est trop long". Qu’est-ce que c’est beau ! »

Influencé par le pop art

Renato Montanaro pourrait disserter des heures sur ses artistes favoris, sur Michel-Ange « que j’ai étudié jusqu’à la moelle », sur Picasso « un génie qui s’est toujours remis en question ».
Montrant une reproduction de Gauguin représentant deux Tahitiennes, il avoue : « C’est la seule toile devant laquelle j’ai pleuré tellement elle m’a donné de l’émotion ! » Et voilà qu’il s’emballe pour Peter Doig qu’il lui a mis « les tripes à l’air » lors d’une expo à la Fondation Beyeler : « J’aime m’en prendre plein la gueule, découvrir un artiste que je ne connais pas, comprendre pourquoi il y a ce truc si puissant. Je suis toujours dans cette quête de provoquer une émotion. »
Mais la filiation la plus évidente est celle du pop art, notamment dans sa série sur les Bourgeois qui l’a accaparé pendant 5 ans. On y voit des aristocrates des siècles passés prenant la pose, envahis par des objets et héros de la culture populaire : voici Popeye qui se glisse dans le chapeau d’une aristocrate, ou Louis XIV qui chevauche le cheval de Lucky Luke… « Mon fils venait jouer dans l’atelier. Un jour, sur une compo, y avait un vide en haut à droite. J’ai vu son avion posé sur une table et je l’ai peint sur la toile en me disant que ce serait marrant. J’ai continué avec les pistolets, les dinosaures, les ballons… Quand j’ai fait le tour des jouets, j’ai pris les héros de manga et de B.D. » Ne devrait-on pas y voir plus qu’un décalage ludique ? L’artiste coupe court : « Dans mon art, il n’y a pas de message. Beaucoup de gens y voient des choses que je ne vois même pas. Je cherche simplement à être le plus original possible. »
C’est d’ailleurs au cours de ses expérimentations avec les Bourgeois qu’est né Hector, le bouledogue, le bronze monumental que l’on peut voir le long du canal à Mulhouse, mais qui existe aussi en résine rose ou doré, qui fait les beaux jours de son inventeur. « Hector est devenu une petite vedette sur les salons et les foires. Comme les vaches en leur temps qu’on associait directement à mon nom. C’est une chose qu’on ne maîtrise pas, ce sont les gens qui se l’approprient. »
Au fil du temps, Renato Montanaro n’a acquis qu’une certitude : « Les artistes, qu’on les aime ou pas, qu’on les trouve bons ou pas, doivent travailler de manière sincère et se remettre sans cesse en question. Picasso en est la preuve : à 14 ans, il peignait déjà comme les grands maîtres, il aurait pu s’en contenter mais tout l’excitait. Il est resté un gamin toute sa vie et moi aussi, même si je n’ai pas son immense talent, je suis comme ça. »

Des goûts et des couleurs

- Votre musique favorite ?
La musique classique : Schubert, Mozart, Bach...

- Votre livre de chevet ? Un livre d’art sur Peter Doig. J’aime avoir beaucoup de bouquins d’art autour de moi.

- Une personnalité que vous admirez ?
Mitterrand. J’ai longtemps adoré ce personnage, il dégageait une force sereine, avait un côté monarque.

- Un endroit où vous vous sentez bien ?
San Vito deI Normanni dans les Pouilles, là où j’ai été fabriqué. J’y reconnais le son de la langue, les odeurs et puis il y a la mer, les oliviers millénaires, les cigales... Ça me ressource énormément.

- Votre resto préféré dans le coin ?
L’Atelier à Mulhouse et le Charlie’s Bar.

- Le truc que vous appréciez chez les autres ?
La sincérité

- Le truc qui vous énerve chez les autres ?
La mollesse.

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