Dans le Haut-Rhin, le meuble chiné attire une nouvelle génération de passionnées qui transforment les pièces de seconde main en éléments centraux de leur intérieur. Entre nécessité, goût de l'histoire et envie de singularité, trois femmes de la région racontent leur rapport au bois patiné, à la brocante et à la restauration de meubles anciens.
© Berta Texeira
Un établi de 80 ans d'âge recyclé en console d'entrée.
Le meuble d'occasion a longtemps été vu comme une solution provisoire : un canapé récupéré chez une amie, une table achetée pour s'installer, un buffet déjà présent dans une maison. Pour Berta Texeira, tout commence « par nécessité », lorsqu'elle prend son indépendance à 19 ans. « C'était à la débrouille au départ, et c'est devenu une passion », résume-t-elle. Aujourd'hui, elle chine chez Emmaüs, en brocante ou sur Leboncoin, sans opposer le neuf et l'ancien : « Je fais le mix and match », dit-elle.
Chez elle, les meubles peuvent rester bruts ou changer franchement d'allure. Un vieux buffet massif a été repeint, ses portes retirées, pour devenir un cabinet de curiosités. Un établi ancien, marqué par l'huile et la peinture, est en cours de restauration pour devenir meuble de salle de bain. Le meuble chiné n'est donc pas figé : il reprend place dans la vie quotidienne.
Violette Cachera, décoratrice d'intérieur et designer d'espace près de Colmar, parle elle aussi d'un attrait ancien. Enfant, elle aimait « sentir l'odeur du bois » et voyait déjà « la beauté en ces vieux meubles ». Dans sa maison récente, elle apporte une ambiance cottage grâce à des pièces de seconde main. « Je ressens l'histoire vécue, quelque chose qui est vivant », explique-t-elle.
Ses terrains de chasse : Leboncoin, Emmaüs, Newtroc à Colmar, les marchés aux puces. Son fauteuil préféré vient d'un dépôt-vente : grand, enveloppant, confortable, trouvé à un prix imbattable. Mais la chine ne fonctionne pas sur commande. On peut rentrer bredouille, puis tomber sur la bonne pièce sans l'avoir prévu. Pour débuter, mieux vaut viser petit : une chaise, un miroir, une table d'appoint. L'ancien fonctionne d'autant mieux qu'il dialogue avec le moderne.
Pour Hélène, fondatrice de Maison Chinette, le meuble chiné est devenu un métier. La chine, elle l'a connue très tôt, « au petit matin avec la lampe torche », accompagnée de ses grands-parents. Depuis 2019, elle remet au goût du jour des meubles anciens, souvent par la couleur. « Je suis une amoureuse de la couleur », sourit-elle. Mais son travail commence aussi par le conseil : comprendre l'intérieur, les goûts des clients et l'histoire de la pièce.
La demande évolue dans ce sens. On ne veut plus forcément se débarrasser du meuble de famille trop sombre, on cherche à le rendre compatible avec la maison d'aujourd'hui. Hélène y voit aussi « le côté transmission ». Un bleu profond, un vert lumineux, une teinte douce peuvent réveiller une commode oubliée. Mais certains meubles gagnent aussi à conserver leur bois, leurs traces.
Si la seconde main séduit autant, c'est qu'elle répond à plusieurs envies à la fois. Dépenser moins, éviter le gaspillage, trouver du solide, mais aussi composer un intérieur moins standardisé. Pour Berta, un meuble ancien apporte « une âme, une chaleur ». Pour Hélène, « du caractère ». Et si le vrai luxe, aujourd'hui, consistait justement à posséder un meuble que l'on ne retrouve pas chez tout le monde ?
Article rédigé par Mathilde.
Date de publication : le 20/05/2026.
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