Rechercher : Tapez les premières lettres de votre ville

Où ?

Quoi ?

Quand ?

Sorties en Alsace
Magazine>Actu Magazine>Retable d'Issenheim : toujours aussi fascinant à 500 ans!

Retable d'Issenheim : toujours aussi fascinant à 500 ans!

        

Le musée Unterlinden de Colmar fête le 500e anniversaire du retable d’Issenheim. Réalisé entre 1512 et 1516 pour la commanderie des Antonins d’Issenheim, ce chef d’oeuvre de la Renaissance germanique fascine depuis toujours les artistes et les visiteurs. Explications avec Pantxika De Paepe, conservatrice en chef du musée Unterlinden et spécialiste du retable.

Pantxika De Paepe, conservatrice en chef du musée Unterlinden et spécialiste du retable. © Sandrine Bavard Pantxika De Paepe, conservatrice en chef du musée Unterlinden et spécialiste du retable.

En quoi ce retable est-il si exceptionnel, si unique, au point de faire la renommée internationale du musée Unterlinden ?

C’est intéressant de savoir que, dès le XVIe siècle, il est considéré comme un chef d’œuvre. En 1597, le roi de Bavière va voir les chanoines d’Issenheim pour leur proposer de faire une copie du retable, et de garder l’original pour lui ; il propose une somme importante mais les chanoines refusent. Bien sûr, c’est une œuvre monumentale mais ça ne répond pas à la question, car il existe d’autres retables de grande envergure en Allemagne ou en Pologne. Cela peut marquer les gens, mais ça n’en fait pas un chef d’œuvre. Ce qui fait la particularité du retable, ce sont ses deux exceptionnels auteurs ; avec Dürer ce sont certainement les meilleurs de leurs temps.


Il s’agit de Grünewald pour les parties peintes, et Nicolas de Haguenau pour les parties sculptées. Ce sont des précurseurs?

Grünewald a peu réalisé, mais il a un style très personnel, très expressif, avec des couleurs violentes, mais une subtilité de nuances, et des vraies « gueules ». Quand on a vu un Grünewald, on les reconnaît tous. Il faut savoir que Nicolas de Haguenau a, lui, reçu une commande pour réaliser le retable du maître-autel de la cathédrale de Strasbourg (aujourd’hui détruit, ndlr) avant Issenheim, donc il était considéré comme le meilleur. C’est un artiste toujours à la limite entre le naturalisme et la caricature, ce que l’on voit très bien dans les traits des visages, avec ici, la peau flasque, là une dent qui manque…Ils étaient tous les deux précurseurs, autant dans le style que dans la technique. Et quand on compare leurs œuvres avec celles de leurs contemporains, on voit qu’ils sortent du lot.

Saint-Antoine était le saint-patron du couvent et guérisseur de malades. Le retable n’avait pas qu’une fonction liturgique, mais accompagnait aussi le traitement des malades...

La commanderie des Antonins d’Issenheim, connue dans toute l’Europe, était un lieu où on allait en pèlerinage. On y vénérait Saint-Antoine censé faire guérir d’un mal affreux, le feu de Saint-Antoine, l’équivalent de la peste à l’époque, fruit de la colère divine croyait-on. Aujourd’hui, on sait que c’est une maladie provoqué par un parasite dans l’ergot de seigle qui contractait les vaisseaux sanguins, et qui provoquait des nécroses dans les extrémités. Et la seule façon de guérir était d’intercéder auprès de Dieu. Le malade qui arrivait à Issenheim était conduit dans le chœur devant le retable, alors que le peuple restait habituellement dans la nef. Il buvait le Saint-Vinage, un breuvage à base de vin, qui trempait dans les reliques de Saint-Antoine  avec des plantes calmantes.

On parle souvent de la violence, de la brutalité du retable...Etait-ce si original à l’époque?

Au XIVe et début du XVe, on est dans un art hiératique et narratif, qui montre l’importance de l’église, des sociétés. On voit une évolution à la fin du XVe et début du XVIe, des sentiments nouveaux apparaissent et notamment le thème de la nature. Il y a une rupture dans l’image de la dévotion : on est plus proche de la souffrance des gens, et le christ souffre autant que le fidèle. Avant, il n’y avait pas du tout cette violence représentée : Dieu est amour, Dieu est pitié, mais pas Dieu est violence. Imaginez un fidèle du XVIe siècle : il n’a jamais vu la crucifixion d’un christ qui est un cadavre, avec un fond sombre, avec des marques de flagellation, avec des pieds explosés par des clous, avec des ongles bleus. Et tous ces éléments se retrouvent à la hauteur de ses yeux : il y a de quoi être impressionné !

Quelle a été l’influence de ce retable au cours des siècles ?

Grünewald était reconnu de son vivant et des artistes comme Hans Baldung Grien ou Albrecht Aldorfer étaient dans la même mouvance. Il faut savoir que ce retable était dans un couvent, et non dans une église ouverte à tous, donc il a été peu vu. C’est seulement au XIXe , quand il est présenté au musée Unterlinden, qu’il va avoir plus d’impact. Au XXe, des artistes comme Picasso, Sutherland, Johns, Saura, ont été touchés et influencés par ce retable. Otto Dix et son triptyque de la guerre transpire de la même violence. Jasper Johns reprend dans ses toiles le personnage de l’agression de Saint-Antoine. Graham Sutherland s’attarde sur la figure du Christ. Tous légitiment l’œuvre encore davantage.


Venons-en maintenant à cette polémique, née l’été dernier concernant la restauration de l’oeuvre. On vous reproche notamment une trop grande rapidité...

Pour restaurer une oeuvre aussi emblématique, on a commencé par le panneau le plus documenté, celui de Saint-Antoine. Évidemment, un comité scientifique a été réuni pour analyser l’oeuvre le 5 juillet et a voté le protocole proposé par les deux restauratrices. Il s’agit d’un amincissement des vernis, et nous n’avons pas touché à la couche picturale. La restauratrice a été rapide car elle avait déjà travaillé sur des retables d’Issenheim et des Dominicains, elle connaissait la composition des vernis de protection et savait quel solvant employer. Pour ne pas qu’il pénètre profondément dans la matière, il fallait faire vite, en 5 jours. Avec cette polémique, la Direction des musées de France a gelé le projet, mais un nouveau comité scientifique se réunit le mois prochain. Si son avis est positif, on pourra continuer la restauration sur un deuxième panneau. L’oeuvre a des soulèvements et des lacunes, il faut cette mesure conservatrice et esthétique pour la redécouvrir.

Propos recueillis par Sandrine Bavard

Voir aussi Décor, une oeuvre contemporaine en regard du retable d'Issenheim

A voir également

  • Vide dressing adultes à Pfaffenheim 2019
    Vide dressing adultes à Pfaffenheim 2019 Dimanche 27/01/2019

    Salle Multifonctions  -  Pfaffenheim

    On y trouve vêtements, chaussures, sacs, bijoux, livres... et tout article textile. Une bourse pour vendre, dénicher, rigoler... Prix de l'emplacement : 12€ la table à la journée. Possibilité d'amener un portant. Sur place buvette avec vente de boissons chaudes et froides, parts de gâteaux, tartes et quiches. Une cabine sera disponible pour les essayages. Espace lecture, coin jeux pour les […]

  • Compli\'Cité 2019 à Huningue
    Compli'Cité 2019 à Huningue Du Vendredi 25/01/2019 au Dimanche 3/02/2019

    Le Triangle

    Le festival Compli'Cité à Huningue est un festival dédié au spectacle vivant en général. Il s'articule autour de temps forts proposant une programmation pour toute la famille. Le Festival Compli’Cité propose cette année 31 spectacles à Huningue et dans cinq autre villes alentours, nouant des partenariats avec des structures voisines, de la Comète à Hésingue […]

  • Découvrir Strasbourg sur un bateau électrique à Noël
    Découvrir Strasbourg sur un bateau électrique à Noël

    Strasbourg

    Vous cherchez un moment d’évasion original et une nouvelle façon de redécouvrir Strasbourg durant le Marché de Noël ? Avec Captain Bretzel, naviguez au coeur de la capitale alsacienne dans des embarcations électriques au milieu des illuminations. Cet été, la location des bateaux électriques chez Captain Bretzel à Strasbourg a cartonné, avec pas moins de 15 000 […]

  • Europa-Park : un téléphérique au-dessus du Rhin, destination le Silver Star
    Europa-Park : un téléphérique au-dessus du Rhin, destination le Silver Star

    Europa Park - Rust  -  Rust

    Mais où va s'arrêter Europa-Park ? Après la re-thématisation de son quartier Français et l'immense chantier à 150 millions d'Euros du futur Parc Aquatique "Rulantica", voici qu'un projet de téléphérique transfrontalier voit le jour. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a rencontré de façon très officielle Roland Mack, le big boss […]

  • Survol de Neuf-Brisach en hélicoptère
    Survol de Neuf-Brisach en hélicoptère

    Neuf-Brisach

    Vous connaissez probablement Neuf-Brisach pour ses fortifications imaginées par Vauban au XVIIème siècle. Visiter la ville, c’est bien... mais voir sa forme octogonale depuis le ciel, c’est encore mieux. C’est ce que vous propose l’Office de Tourisme Pays Rhin-Brisach ! Vous avez toujours rêvé de monter à bord d’un hélicoptère ? Et de voir un bout d’Alsace […]

  • Stations de ski des environs : ça y est, ça ouvre !
    Stations de ski des environs : ça y est, ça ouvre !

    Actu Magazine

    Vous l'avez sans doute remarqué cette semaine : il neige ! Les sommets vosgiens en ont largement profité et la quasi-totalité des stations des environs va ouvrir ce week-end du 12 et 13 janvier. Ce sera notamment le cas au Frenz et au Schlumpf, mais aussi au Grand Ballon, et normalement, une ouverture totale ce week-end pour la station du Markstein. Le Ballon d’Alsace […]

  • Lahô : un chalet d\'exception au coeur des Vosges
    Lahô : un chalet d'exception au coeur des Vosges

    Actu Magazine

    Muhlbach-sur-Munster

    Niché dans la vallée de Munster, sur les hauteurs de Muhlbach-sur-Munster, le chalet Lahô est un gîte d’exception. Petite visite des lieux en compagnie d’Emmanuel Sieger et de ses deux enfants. Pour se rendre au Chalet Lahô, c’est déjà une petite aventure, quand la nuit tombe, que le vent souffle fort, que les arbres deviennent […]

  • 5 choses qui nous attendent en 2019
    5 choses qui nous attendent en 2019

    Actu Magazine

    1) La même chose, mais en plus cher ? On en a forcément beaucoup parlé ces dernières semaines avec les Gilets jaunes. En effet, au 1er janvier, certains tarifs devaient augmenter : carburant, électricité, gaz... Ce n'est plus le cas. Pour le moment. Heureusement, c'est promis, votre JDS va rester gratuit ! Best news ever. 2) Des contrôles […]

  • Janvier : le mois de la galette des rois !
    Janvier : le mois de la galette des rois !

    Actu Magazine

    Pour commémorer la messianité, nos boulangeries alsaciennes écoulent en nombre les galettes des rois, avec leur sublime couronne de carton industriel doré. Vous pouvez donc vous entraîner pour la grande finale monarchique qui aura lieu le 6 janvier dans la liesse populaire. « Ils trouvèrent l'enfant avec Marie, sa mère, et, se […]

  • KMØ : une locomotive numérique pour Mulhouse
    KMØ : une locomotive numérique pour Mulhouse

    Actu Magazine

    KMØ, le pôle numérique de Mulhouse, situé dans le quartier Fonderie, va ouvrir mi-janvier. Ici, étudiants, porteurs de projets, entrepreneurs, soit 1200 personnes à terme, vont penser l’industrie du futur et favoriser la transition numérique. C’est un projet hors norme qui fait parler de lui depuis plusieurs années […]

Galerie photos

  • Pantxika De Paepe, conservatrice en chef du musée Unterlinden et spécialiste du retable. © Sandrine Bavard
  • Retable d'Issenheim : toujours aussi fascinant à 500 ans! DR

Commentaires

Articles les plus lus
Abonnez-vous à la newsletter JDS

Chaque jeudi l'agenda du week-end !

JDS sélectionne pour vous les meilleures idées de sorties en Alsace. Vous aussi profitez pleinement de tout ce qu'il se passe près de chez vous.