Le 13/01/2010
5,50/8/20/25€
L’égérie gainsbourienne vole de ses propres ailes et présente dans ce spectacle un nouvel album très personnel, intitulé Enfants d’hiver. Sur la scène de La Filature, elle jongle avec bonheur entre ses chansons et celles de Gainsbourg. Jane Birkin nous a fait l’immense plaisir de se confier à Spectacles.
Qu’est-ce qui vous a décidé à franchir le pas et à écrire vos textes vous-même pour Enfants d’hiver ?
J’ai été si gâtée par Serge, puis après sa mort, par tous les auteurs français, Souchon, Daho, Miossec, Mancet, Mickey 3D, Zazie, Françoise Hardy, puis des Anglais, comme Divine Comedy, Brian Ferry, Rufus Wainwright, Beth Gibbons... Après le tournage de Boxes (NDLR, son premier film en tant que réalisatrice), je voulais juste essayer d’écrire moi, très ordinairement, telle que je suis : nostalgique dans la chanson Enfants d’hiver, inquiète pour mes filles dans Pourquoi... Je voulais parler aussi du désir, de la solitude.
Pourquoi l’idée d’alterner dans ce spectacle les chansons de Gainsbourg et les vôtres ?
Je voulais chanter mes chansons, mais ne pas frustrer le public, car si je ne chantais pas Fuir le bonheur, les gens seraient tristes, ils ne comprendraient pas : moi, sans Ex fan, sans Amour des feintes... pas possible !!! Les autres chansons ont été choisies pour le rythme, il y aussi des surprises, histoire de faire des cadeaux. Je ne vais plus donner de concerts pendant plusieurs années, donc il fallait laisser un joli souvenir derrière soi !
Après l’album «Arabesque», où vous avez eu l’idée de réarranger à l’orientale les musiques de Gainsbourg, de quelle façon revisitez-vous aujourd’hui ces chansons ?
Avec légèreté et bonheur, gratitude aussi... Tout le monde peut chanter Serge, il est à tous. Ce tour de chant est, avec «Arabesque», un de mes favoris. Peut-être que dans quelques années, je reprendrai les chansons de Serge sur des rythmes africains, ou sud-américains ou en symphonique... Mais pour l’instant, je voudrais faire encore des films, écrire, jouer avec mes filles.
Sur scène, vous êtes d’une générosité et d’une vérité rares : parlez-nous de votre relation avec le public…
A mes débuts sur scène, au Bataclan, j’avais une telle trouille ! Maintenant, c’est devenu une rencontre, on se connaît. Les spectateurs, je les aime, ils viennent me voir alors que la vie est dure, chère, ils se déplacent... Je veux leur donner tout, mes souvenirs, mes histoires, me donner moi, comme si c’était la dernière fois. Ce rendez-vous m’est précieux, mon temps est à eux, je ne veux pas les décevoir, je voudrais qu’ils rentrent chez eux heureux, émus, réconfortés... Les réactions du public me font chaud au coeur : c’est difficile de quitter la scène !
Votre chanson dédiée à Aung San Suu Kyi, opposante à la junte birmane, est un moment bouleversant du spectacle, il se passe à cet instant une vraie communion entre vous, le public et cette femme au bout du monde : en quoi cet engagement-là vous tient-il tant à cœur ?
C’est une femme pacifiste, bouddhiste, prix Nobel de la Paix. Elle a enduré vingt ans d’enfermement, a sacrifié son mari, ses fils, sa vie de femme, pour la démocratie. Avant elle, il y avait Gandhi, Mandela, voilà... La junte militaire ne l’a pas tuée, pas encore. A nous de montrer notre inquiétude pour elle, de nous donner un peu de mal pour nous y intéresser, mais j’ai remarqué que le public, chaque soir, montre curiosité et affection, pour cette femme remarquable...
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