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Rencontre avec Eric Jacob, directeur de l'Ecomusée d'Alsace

Eric Jacob, directeur de l\'Ecomusée d\'Alsace Eric Jacob, directeur de l'Ecomusée d'Alsace DR

Un vent de changement va souffler sur l’Écomusée ! Eric Jacob, le nouveau directeur, veut tout simplement le faire entrer dans le XXIe siècle, en confiant à des architectes le soin de construire les maisons alsaciennes de demain.

Propos recuellis en mars 2014.

En prenant ses fonctions à la tête de l’Écomusée au mois de mars, Eric Jacob n’a pas vraiment été dépaysé : « J’ai grandi au Nord de l’Alsace dans une ferme, avec encore aujourd’hui sa porcherie, son écurie, son étable, entouré de chevaux, de poules, de canards. Quand j’étais gamin, je partais faire les moissons. C’est mon grand-père qui était paysan, mon père était lui l’historien du village. J’ai sans doute hérité de tout ça », confie le nouveau directeur de l’Écomusée.

Ce n’est donc pas un hasard si, jeune homme, Eric Jacob entreprend des études d’histoire à la fac de Strasbourg. Il fait ses premiers pas comme journaliste à Bienvenue Strasbourg au temps de l’effervescence des radios libres. « C’était une radio associative ouverte à toutes les communautés étrangères, une sorte d’auberge espagnole, c’était une expérience géniale ! », se souvient-il. Mais, puisque c’est le tourisme et le patrimoine qui le passionnent, il passe ses diplômes et devient agent de développement touristique dans le Val de Villé, puis dans le Val d’Argent où il va créer le Carrefour européen du Patchwork.

Sa connaissance du patrimoine textile l’amène ensuite au Parc de Wesserling qu’il va diriger pendant 9 ans et où il va instaurer le festival des jardins métissés. « Le Conseil Général possédait 17 ha, et notamment des jardins laissés à l’abandon. Au début des années 2000, un jardin a été réhabilité. Quand je suis arrivé en 2002, j’ai voulu rendre touristiques ces jardins. On est passé d’un musée enfermé dans ces 4 murs à 12 000 entrées pour en faire un grand site à vocation touristique et culturelle à 100 000 entrées, ce qui est pas mal quand on sait que c’est une route à l’écart des grands flux touristiques en Alsace. »

Un projet architectural

Avec l’Écomusée, l’un des plus grands d’Europe, Eric Jacob trouve un nouveau terrain de jeu, un « laboratoire » géant, où il pourra mettre en œuvre ses convictions. « Quand j’arrive sur un lieu, je veux d’abord en cerner toute l’histoire. Ensuite, je veux voir comment ce patrimoine peut être inscrit dans notre époque. Qu’est-ce que son histoire nous enseigne et quelle utilité a ce lieu pour les gens aujourd’hui ? »

A l’Écomusée, c’est l’architecture qui fait sens pour Eric Jacob et qui sera le grand axe de développement dans les années à venir : « Je veux voir comment ces superbes maisons alsaciennes, d’une valeur exceptionnelle, peuvent nous apporter des réponses aujourd’hui en termes d’habitat : sur les économies d’énergies, sur la surconsommation de terre agricole, sur l’habitat participatif, etc. On trouve ici toute l’évolution de l’architecture de la maison alsacienne du XVe au XXe. Mais depuis, on ne construit plus, il y a un trou d’un siècle. Peut-on imaginer construire une maison alsacienne du XXIe siècle ? », questionne le directeur.

L’Écomusée a donc demandé à l’architecte Martin Winter de réfléchir à une maison d’aujourd’hui, de 20 m2 environ, qui réponde à l’identité alsacienne tant sur un plan technique qu’esthétique : elle devrait être bâtie dès cet été, « un signal fort » pour les 30 ans de l’Écomusée. En 2015, d’autres maisons devraient sortir de terre. L’enjeu est important : « Il faut créer une dynamique pour que les gens se disent que tous les ans, il y a quelque chose de neuf à l’Écomusée. Que ce soit dans le Val d’Argent ou au Parc de Wesserling, j’ai toujours confronté l’histoire à aujourd’hui, pour dépasser le statut d’un projet basé sur la nostalgie, pour en faire un projet qui vit aujourd’hui. Les gens qui viennent à l’Écomusée se disent : "Comme c’était bien autrefois"; je veux qu’ils se disent "Comme c’est bien aujourd’hui" ».

Des goûts et des couleurs :

En boucle sur votre Ipod ?
Je suis très fan de Dead Can Dance et de London Grammar.

Votre livre de chevet ?
Je lis beaucoup de magazines et de livres dédiés à l’architecture.

Un spectacle à ne pas manquer ?
Les violons barbares, avec trois musiciens (un Bulgare, un Mongol, un Strasbourgeois) qui nous font faire le tour du monde (Au festival Musaïka à Mulhouse le 24 mai, NDLR)

Une personnalité que vous admirez ?
J’ai vu récemment un film sur Ghandi et je suis estomaqué par ce qu’a fait ce monsieur.

Un endroit où vous sentez bien ?
Sur un sentier de rando, au lac des Perches.

Votre bar ou resto préféré dans le coin ?
La Parenthèse à Mulhouse.

Le truc que vous appréciez chez les autres ?
L’ouverture d’esprit.

Le truc qui vous énerve chez les autres ?
L’intolérance.

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