Jardin des Plantes - Muséum National d’Histoire Naturelle de Paris | Paris
Des scientifiques du Centre d'Écologie et des Sciences de la Conservation (CESCO), rattaché au Muséum national d'Histoire naturelle de Paris, ont publié une étude dans le Journal of Applied Ecology démontrant qu'arrêter temporairement les éoliennes la nuit réduit de plus de 80 % la mortalité des chauves-souris. Financée par l'ADEME, il s'agit de la plus vaste étude mondiale sur le sujet et de la première menée à l'échelle européenne.
Le développement de l'énergie éolienne s'impose comme une réponse incontournable aux enjeux de décarbonation de la production énergétique. Pourtant, les éoliennes représentent un risque réel pour la faune volante. Les chauves-souris, en particulier, peuvent entrer en collision avec les pales en rotation, avec des conséquences documentées sur certaines populations. Ces mammifères jouent pourtant un rôle écosystémique fondamental, notamment en régulant les populations d'insectes ravageurs. L'institution du Muséum national d'Histoire naturelle à Paris, au cœur de la recherche en biodiversité, s'est saisie de cette problématique avec une ambition scientifique inédite.
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Chauves-souris et éoliennes : une étude du Muséum national d'Histoire naturelle démontre l'efficacité du bridage nocturne
Pour mesurer l'efficacité du bridage nocturne, les chercheurs ont exploité les données du protocole national de suivi de la mortalité des chauves-souris et des oiseaux sur les parcs éoliens, mis en place en France en 2015 et actualisé en 2018. La méthode consiste à comparer la mortalité observée sur des parcs ayant mis en place cette mesure avec celle de parcs similaires n'ayant adopté aucune disposition particulière. Ce cadre rigoureux, appliqué à grande échelle, a permis d'obtenir des résultats particulièrement solides et généralisables.
Implanté dans le 5e arrondissement de Paris, au sein du Jardin des Plantes, le MNHN concentre des équipes de recherche spécialisées en écologie appliquée. C'est précisément dans ce cadre que les scientifiques du CESCO ont pu coordonner cette étude d'envergure européenne, mobilisant des données issues de dizaines de parcs éoliens répartis sur le territoire français. Le département de Paris abrite ainsi l'un des principaux foyers de recherche sur la protection de la faune sauvage en interaction avec les infrastructures énergétiques.
Les résultats publiés dans le Journal of Applied Ecology sont éloquents : sur les parcs éoliens où les machines sont arrêtées lors des conditions les plus favorables à l'activité des chauves-souris, leur mortalité est divisée par cinq, soit une réduction de plus de 80 %. Cette baisse concerne des espèces aux comportements de vol très différents, des pipistrelles qui longent les lisières forestières aux noctules communes qui évoluent en altitude au-dessus de la canopée.
L'étude met en évidence un facteur déterminant : l'adaptation des paramètres de bridage à l'activité locale des chauves-souris permet d'obtenir une protection nettement supérieure à celle d'un bridage appliqué à seuil fixe. En d'autres termes, un arrêt des éoliennes calibré selon les données acoustiques relevées sur chaque parc s'avère bien plus efficace qu'une règle générale uniforme. Cette approche sur mesure constitue un levier d'action concret pour les gestionnaires de parcs éoliens. Les chercheurs évoquent également le développement d'algorithmes prédictifs, entraînés à partir de plus de 25 000 nuits de suivi acoustique sur 123 nacelles en France, capables d'optimiser les arrêts tout en limitant la perte de production énergétique.
En revanche, l'étude n'a pas mis en évidence de bénéfice significatif pour les oiseaux migrateurs nocturnes : les arrêts nocturnes n'ont pas permis de réduire leur mortalité par collision. Par ailleurs, les chercheurs rappellent que le bridage, aussi efficace soit-il, ne supprime pas totalement les risques. La phase d'évitement reste indispensable : dès la conception d'un projet éolien, il est essentiel de privilégier les sites à faible impact sur la biodiversité pour limiter au maximum les collisions à la source.
Article rédigé par Julie
Date de publication : le 20/10/2026.
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