Le 07/06/2025
Cinéma les 7 Parnassiens | Paris
Gratuit
L'artiste Cécile Bicler propose une exposition au cinéma Les 7 Parnassiens qui accompagne la visite du lieu et les projections de vidéos d'artistes.
Cécile Bicler propose une série de six dessins puzzles aux crayons de couleurs de 120 x 160 cm chacun, extraits d’un film de Tobe Hooper de 1974, Massacre à la tronçonneuse. Il s’agit d’un gros plan et d’un très gros plan de l’œil halluciné et terrifié de Sally Hardesty, seul personnage à survivre dans le film. Cette scène arrive vers la fin du film, après une nuit blanche passée à fuir un danger mortel. Ce film incarne à merveille comment le deuil peut signifier un renouveau, si tant est qu’on le traverse. Sally devra faire le deuil de ses amis, de son ancienne vie, de ses illusions. Il incarne aussi comment l’inconfort ou les impasses matérielles peuvent amener à une créativité exacerbée, un monde nouveau et des forces insoupçonnées.
Les mots de l'artiste :
À l’origine du projet, il y a un œil grand ouvert qui est accroché au mur de mon atelier. Il s’agit d’un carton pour une exposition de Julien Crepieux, « Seconds », à la galerie Poggi en 2016. À l’époque, Julien travaillait sur la réappropriation de certains films de cinéma, ici, un film de Hitchcock. C’est un très gros plan de l’œil grand ouvert de Janet Leigh qui semble regarder un hors champ effrayant, effarant. Dans le film, à ce moment-là, elle est morte. Elle a vu son meurtrier. Elle ne pourra pas témoigner, faute de vie.
Valérie Donzelli a bien sûr remarqué ce regard incroyable, qui est un regard sur ce qui est advenu et qui contient toute la vérité, comme s’il avait imprimé le passé. Nous nous sommes entendues sur ça, sur cette idée de la vue comme un super pouvoir, celui d’arrêter le temps entre autres, quelques secondes. Je propose pour Nuit Blanche 2025 un arrêt sur une image, un hoquet du temps.
J’ai choisi de dessiner un moment clé du film de Tobe Hooper, Massacre à la tronçonneuse (1974), celui où l’héroïne se réveille assise et attachée à une chaise face à un repas qui lui est servi avec la famille de psychopathes. La table est mise comme pour un banal repas du dimanche. Elle hallucine d’être encore et toujours dans ce cauchemar d’hyper violence dont parle le film, une hyper violence d’autant plus hallucinante qu’elle est intégrée, digérée, banalisée.
J’ai dessiné aux crayons de couleurs sur papier aquarelle deux arrêts sur images du film. L’œil hallucine de ce qu’il voit et nous ne voyons pas tout de suite le stimuli de cette angoisse. On ne peut qu’imaginer le hors champ, et celui-ci semble particulièrement effrayant. Le globe oculaire traduit une émotion de haute intensité. Il est écarquillé, humide, et semble au bord de la folie. C’est ce bord qui m’intéresse car l’héroïne, Sally Hardesty, ne basculera pas, justement. Elle fera face et sortira de la boucle. La courbe sera pour elle un chemin et, pour nous, une fin.
Pour moi, ce regard incarne le choix que la victime doit faire après un trauma, celui de passer du côté des bourreaux ou celui de sortir de la voie toute tracée de la reconduction infinie de la violence en se libérant de la chaîne de la cruauté, en s’affranchissant du mal, en prenant la courbe de la guérison.
Je fais le postulat que la traversée vers un autre monde est possible, celui de l’apaisement. Pour y arriver, à mon sens, il faut réintégrer la peur. La terreur certes est douloureuse, mais tient en éveil sa propre humanité et fait ainsi partie du chemin tortueux vers la guérison. Ne jamais accepter l’inacceptable, ne pas capituler face au cycle du crime qui se déguise en nature inéluctable, c’est la résistance molle, celle des faibles, des victimes, des morts, des innocents, c’est la lutte à mort pour la vie, pour la lumière.
Sally ferme les yeux une première fois à la suite du choc, puis se réveille en état de sidération. La sidération est un état palier au temps indéterminé. Dans l’extrait choisi, Sally sortira assez vite de cet état palier. J’ai dessiné cet état limite, crête fragile entre la peur et la sidération. Elle écarquille les yeux aussi forts que possible grâce à l’arrivée massive d’adrénaline pour ne plus les fermer ensuite face à un monde qui se délite. L’adrénaline se paye très cher, mais c’est la monnaie des victimes, et elles en sont blindées.
Massacre à la tronçonneuse est l’histoire d’une nuit blanche, nuit de tous les dangers de la bascule du côté obscur. L’œil de Sally incarne la résistance à l’obscurité. La ligne de crête de la cornée est fragile, transparente et souple. Elle ne se voit pas, mais existe bel et bien comme barrière protectrice. De surcroît, c’est elle qui transmet la lumière. Elle est courbe.
Dans une nuit blanche comme celle-ci, chaque minute, chaque seconde, chaque image compte. Tout se joue à chaque instant. C’est connu que les victimes de crimes ou d’attentats impriment littéralement chaque détail dans ces instants. Elles deviennent comme des scanners du réel, machines super efficaces face au chaos, instruments clés de leur survie.
Je dessine en divisant le réel pour mieux l’apprivoiser. Je fais ce que j’appelle des dessins puzzles. Pour Nuit Blanche 2025 et tout spécialement pour le cinéma des 7 Parnassiens, je propose 6 dessins puzzles de 120 x 160 cm (taille affiche cinéma), chacun divisés en 45 parties, ce qui fait un total de 270 morceaux pour l’ensemble des 6 dessins puzzles, soit 720 x 160 cm.
J’ai scanné les 270 parties en 300 dpi pour reconstituer en taille réelle 6 affiches de cinéma afin de les imprimer. J’ai décidé d’utiliser pour cela un papier Fine art Canson de haute qualité (je tiens à remercier ici Marie et Prune de Arter et François de chez Picto) pour se rapprocher le plus possible du dessin d’origine. Je considère les 6 impressions comme des œuvres d’art uniques (il n’y aura pas d’autres impressions de cette pièce) au même niveau que les dessins originaux. C’est ce qui fait aussi le sens de « La courbe », de dire que l’image du réel, son souvenir est aussi important que l’événement en lui-même. C’est ce que fait précisément un trauma, marquer l’être tout entier, à vie, sans effacement possible.
Les survivants de crimes le savent bien, le marquage se fait au fer rouge et l’on doit vivre avec toute sa vie, voire plus. Ce marquage peut tuer une deuxième fois si l’on n’en prend pas soin. Pour éviter l’infection, il y a des outils qui existent : la parole, l’art, faire la lumière, la justice, la traduction.
En tant qu’artiste, j’aime particulièrement la traduction comme outil privilégié des muets, des sans voix. La courbe se veut une traduction d’une angoisse chronique, qui nous précède et qui nous brûle. Mon but est de déplacer la brûlure dans le dessin, et de chercher en son centre la fuite vers un ailleurs qui est déjà là.
Lien vers le site de l'artiste : cecilebicler.fr
Tout public.
Accessible aux personnes à mobilité réduite.
Cet événement a été renseigné par un organisme institutionnel. Date de dernière mise à jour le 08/06/2025.
Où :
Cinéma les 7 Parnassiens - Paris 75014 Paris
Contacts :
Gratuit
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