Le 1er novembre 2026, au large de Saint-Malo, des dizaines de skippers s'élanceront vers la Guadeloupe pour la Route du Rhum - Destination Guadeloupe. Mais avant de prendre la mer, chaque concurrent traverse une séquence à part : ces quelques heures où l'attente laisse place à l'action, où les adieux se mêlent à la concentration. Franck Cammas, Florian Gueguen, David Ducosson et Sam Goodchild racontent ce moment suspendu, juste avant le coup de canon.
Il y a le village, la foule, les pontons animés et les caméras. Et puis il y a tout le reste : cette tension intérieure qui s'accumule au fil des jours précédant le départ de la grande transat en solitaire. Franck Cammas, quatre fois engagé sur la Route du Rhum et vainqueur de l'édition 2010 à bord du maxi-trimaran Groupama 3, l'affirme sans détour : les heures les plus éprouvantes ne sont pas celles passées en mer, mais bien celles qui précèdent le coup de canon. « J'ai toujours trouvé les jours avant le départ plus difficiles à vivre que le départ lui-même », confie-t-il. L'imagination devient alors un adversaire à part entière, peuplant les nuits de scénarios meteorologiques et de pannes potentielles.
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Route du Rhum – Destination Guadeloupe : les coulisses émotionnelles d'un départ en solitaire
Ce ressenti, Sam Goodchild (MACIF Santé Prévoyance) le partage avec une pointe d'humour. Pendant la semaine d'animation à Saint-Malo, les skippers enchaînent les sollicitations : interviews, rencontres, questions du public. « On ne l'était pas forcément stressé, jusqu'à ce qu'on nous pose la question dix fois dans la même journée ! » raconte le skipper britannique. Mais dès que la concentration s'installe à bord, tout change. Le choix des voiles, la position sur la ligne, les échanges avec l'équipe technique : l'action prend le relais. Dans l'histoire de cette course mythique qui relie Saint-Malo à Pointe-à-Pitre depuis 1978, cette mécanique émotionnelle se répète à chaque édition, pour chaque concurrent.
La région Bretagne a forgé plus d'un vocation maritime, et Florian Gueguen (Graine de Courage) en est l'illustration parfaite. Enfant de Cancale, il regardait les départs depuis les pontons de son école de voile, convaincu que les skippers appartenaient à un autre monde. « À l'époque, ça paraissait complètement inaccessible. Je ne m'étais même jamais imaginé pouvoir y participer un jour. » Le 1er novembre 2026, il s'élancera pour sa troisième participation à bord du trimaran Graine de Courage, avec l'expérience d'un abandon en Espagne en 2018 et d'une arrivée en Guadeloupe quatre ans plus tard. La magie de l'événement, dit-il, n'a pas disparu, même si le regard a changé.
Derrière le spectacle offert aux milliers de spectateurs massés sur la côte malouine, une réalité bien plus intime s'impose aux concurrents. Florian Gueguen le formule avec une franchise désarmante : « Je ne suis pas très adieux. Je dis souvent à mes proches que je préférerais ne pas les voir le jour du départ. C'est presque plus dur que la course elle-même. » Car la rupture est soudaine et totale : en quelques heures, le skipper passe d'une semaine d'effervescence collective à deux semaines de solitude absolue sur l'Atlantique. « La nuit tombe, il fait froid, humide, le bateau bouge, craque… Ce n'est pas exactement un départ en vacances ! »
David Ducosson (Trilogik), lui aussi engagé en Rhum Multi pour cette édition 2026, connaît bien ce choc émotionnel. Ses deux précédentes participations ont été radicalement différentes sur le plan sportif : une entame spectaculaire en 2018, où il avait passé en tête de sa catégorie au cap Fréhel, puis une édition 2022 marquée par les difficultés liées à un bateau insuffisamment maîtrisé. Cette fois, fort de deux transatlantiques à bord et de navigations régulières autour de la Guadeloupe, il aborde le départ avec davantage de sérénité. Et une équation personnelle nouvelle : « Ma situation familiale a changé. J'ai des enfants maintenant, alors émotionnellement, c'est encore autre chose. »
La ligne de départ réserve parfois des surprises brutales. En 2018, Sam Goodchild en a fait l'amère expérience : un problème technique avait provoqué un violent retour de manivelle sur une colonne de winch, le blessant au bras et au visage dès les premières minutes de course. Une mésaventure dont il refuse de faire un traumatisme. « Quand un problème survient, le stress disparaît d'une certaine manière. On passe en gestion de crise. On ne se demande plus ce qui pourrait arriver, mais ce qu'on peut faire avec la situation dans laquelle on se trouve. » Face à l'imprévu, l'expérience prime sur l'émotion. Pour Franck Cammas, qui vivra cette édition depuis la cellule performance de SVR-Lazartigue aux côtés de Tom Laperche, retrouver la position de spectateur offre un regard nouveau : « On apprécie davantage le départ, on voit à quel point c'est beau. Quand on est sur le bateau, on essaie déjà de se gérer soi-même avant de profiter du spectacle ! »
Article rédigé par Julie
Date de publication : le 30/10/2026.
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