L'intelligence artificielle est partout et modifie les usages privés comme le secteur économique. Entre belles promesses technologiques et fantasmes débridés, on a échangé avec le professeur des universités Jonathan Weber, enseignant à l'ENSISA à l'Université de Haute-Alsace à Mulhouse, spécialiste de l'IA, qui tient des conférences et travaille sur le sujet depuis déjà dix ans. - Mike Obri
© M.O.
Le professeur Jonathan Weber travaille sur l'intelligence artificielle depuis plus de dix ans
JDS : Comment définissez-vous simplement l'IA ?
Jonathan Weber : C'est une grosse machine statistique ! Elle n'est évidemment pas douée de réflexion, mais peut intégrer des milliards de paramètres pour faire des estimations quant à une probabilité... toujours et encore des mathématiques ! C'est un outil très puissant, mais pas infaillible. Le terme n'est d'ailleurs pas nouveau, il est apparu en 1956, lors de la conférence de Dartmouth.
Le soulèvement des machines et les cyborgs armés de lasers nous réduisant à l'état d'esclaves, ce n'est donc pas pour la semaine prochaine ?
Certains redoutent en effet une évolution à la Skynet, comme dans Terminator. Certains médias évoquent l'IA d'une façon un peu sensationnaliste, entre peur et émerveillement. Le grand public se pose surtout des questions autour de potentielles destructions d'emplois. On a ces raccourcis très fréquents : "l'IA pense comme un humain, l'IA peut tout faire, l'IA va nous remplacer". On lui prête alors des intentions humaines : c'est de l'anthropomorphisme, accentué avec la banalisation des chatbots, les IA conversationnelles.
Au moins, les chatbots sont toujours d'accord avec vous et très empathiques !
L'IA qui devient votre meilleur ami ou votre psy, c'est un peu dangereux. L'outil est programmé pour aller dans votre sens, mais ne fait que prédire une suite de mots en s'appuyant sur des volumes gigantesques de données. En théorie, là où des décisions importantes sont à prendre, il y a toujours un humain en bout de chaîne, notamment en médecine ou dans la défense, où la responsabilité doit être établie. L'IA reste en effet capable de se tromper avec aplomb. Elle n'a pas été programmée pour dire "je ne sais pas", elle doit vous répondre ! Cela dit, l'IA textuelle est de plus en plus souvent corrigée par d'autres IA de vérification, un peu comme des garde-fous. Une bonne aptitude à rédiger ses "prompts" fait aussi la différence, puisque la formulation... change la réponse.
On connaît bien ChatGPT, les IA conversationnelles et de création de contenus (image, vidéo, musique), mais quels sont les autres champs d'application de l'IA ?
On peut s'en servir partout où il existe des données. Vos algorithmes de recommandations sur Youtube ou Netflix, l'imagerie satellite ou médicale, l'urbanisation, la publicité, l'aéronautique, la défense... Dans l'industrie, ce qui est recherché en ce moment, c'est la maintenance prédictive : mieux analyser les données afin d'anticiper tout dysfonctionnement. Dernièrement, ce qui m'a le plus bluffé, c'est la prédiction par IA de certaines formes de cancer et de leurs mutations très spécifiques. En bout de course, c'est un vrai progrès pour la médecine et les patients futurs.
Qu'est-ce qui va changer ?
Pour se débarrasser des tâches à faible valeur ajoutée, l'IA, c'est pratique ! Le cerveau humain est ainsi fait qu'il va toujours au plus simple pour conserver son énergie... Pour les générations qui arrivent, on peut s'interroger sur leurs futures capacités à corriger, à pondérer les résultats de l'IA et à avoir un esprit critique. L'IA favorise les conditions de la paresse intellectuelle. Je reste cependant neutre : ni pessimiste, ni optimiste. La démocratisation de l'IA, c'est un peu comme l'arrivée de n'importe quelle nouvelle technologie : l'imprimerie en son temps, internet ou les smartphones...
Article rédigé par Mike.
Date de publication : le 24/03/2026.
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