Du 31/05/2008 au 31/08/2008
Yann Toma ressuscite à sa façon l’entreprise d’électricité Ouest-Lumière, dans une aventure à la fois conceptuelle et humaine, symbolique et follement artistique, qui se joue des frontières entre fiction et réalité pour instaurer une nouvelle dimension.
Avec son allure de savant fou et sa verve délirante, Yann Toma est capable de convaincre n’importe qui de n’importe quoi. Et notamment d’entrer dans son monde totalement décalé où l’on est bien obligé de marcher à la façon d’un funambule sur le fil invisible qui sépare réalité et fiction. Quitte à glisser tantôt d’un côté, tantôt de l’autre. Jusqu’à ne plus savoir où l’on se situe. Là est bien le but.
Mais commençons par le commencement... Chercheur en arts plastiques et sciences de l’art, maître de conférence à la Sorbonne et artiste en rupture avec le milieu des beaux-arts, Yann Toma fait en 1991 une rencontre insolite qui va révolutionner son existence : celle, à Puteaux, de l’usine de production thermique d’électricité Ouest-Lumière, partiellement désaffectée. Construite en 1900 pour alimenter en courant l’Ouest parisien, gérée depuis sa nationalisation en 1946 par EDF, l’usine de Puteaux est le symbole d’une ère industrielle en voie de déclassement, d’un monde ouvrier en passe de disparaître. L’artiste Yann Toma va alors investir le site pendant trois ans, le transforme en atelier et en espace d’exposition, inventorie les archives découvertes dans une cave. «Je suis devenu garant de la mémoire de ce lieu», explique-t-il.
Les projets les plus fous
Au point de vouloir ressusciter Ouest-Lumière ! Mais Yann Toma n’est ni historien ni archéologue : c’est bien d’une résurrection artistique qu’il s’agit. «J’ai racheté le nom et la marque et je me suis nommé président à vie. C’était un acte conceptuel, clairement artistique», raconte le maître des lieux. Il a ensuite remis au goût du jour l’actionnariat, «afin de fédérer un réseau de gens de toutes catégories socio-professionnelles pour porter l’entreprise». Aujourd’hui Ouest-Lumière compte deux cents actionnaires à travers le monde, qui jouent pleinement le jeu et se lancent volontiers dans les projets les plus fous. «Nous sommes en train de créer un parfum Ouest-Lumière, composé de l’odeur de chacun des actionnaires», précise Yann Toma, le plus sérieusement du monde. Avant de faire le point sur une future cloche conçue par Ouest-Lumière qui tinterait au moindre séisme à l’autre bout du monde.
Au sein de cette entreprise immatérielle re-créée comme un prétexte à la création d’aujourd’hui, l’organigramme est à la hauteur de l’excentricité de son inventeur : on y croise la responsable de l’Observatoire des danses féeriques, le directeur de l’Ici et Maintenant ou celui des relations extra-terrestres, la chancelière des Passeurs d’effluves ou le diplomate de l’Ephémère. Des êtres humains de chair et de sang, pas virtuels pour un sou, engagés dans cette aventure extraordinaire comme pour réinventer le monde. Le directeur (réel) du musée EDF Electropolis a même été nommé directeur des missions spéciales d’Ouest Lumière !
Résistance souterraine
Le musée mulhousien accueille ainsi durant tout l’été cette exposition incroyable, inclassable, fruit d’un projet complètement barré. En apparence, du moins. Car le travail de Yann Toma relève d’abord d’une résistance souterraine, fondée sur la notion de mémoire. L’énergie métaphorique de cette oeuvre inouïe éclaire une histoire disparue que se réapproprie l’artiste.
A travers des peintures retraçant l’épopée d’Ouest-Lumière, des vidéos, des installations hallucinantes (comme cet autel élevé à la gloire du radion), des photographies de flux radiants réalisées dans les endroits les plus improbables, le travail de Yann Toma interpelle, questionne sur le rapport au réel, au passé, à l’art. Et convainc inévitablement que «faire partie de Ouest-Lumière contribue à envoyer des ondes positives au monde» !
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