Musée de Grenoble | Grenoble
Le 26 septembre 2026, le Musée de Grenoble accueillait un événement consacré à la représentation des Afrodescendants dans l'histoire de l'art. À cette occasion, Pap Ndiaye, historien, ancien ministre de l'Éducation nationale et ambassadeur au Conseil de l'Europe, a donné une conférence et accordé une interview à Gre.mag. Il y a abordé le rôle des institutions culturelles dans la lutte contre les discriminations et la valorisation de la diversité.
La conférence organisée au Musée de Grenoble s'inscrivait dans un parcours conçu par le directeur de l'établissement, Sébastien Gokalp, en collaboration avec des associations afrodescendantes locales. Ce parcours proposait de traverser les collections du musée pour y repérer et interroger la présence noire dans les œuvres, depuis les représentations du roi mage Balthazar jusqu'aux toiles de l'artiste cubain Wifredo Lam. Une démarche qui invitait à réfléchir sur l'évolution de la représentation des modèles noirs dans l'art occidental, entre stéréotypes et affirmation artistique.
Pour Pap Ndiaye, ce type d'initiative permet aux institutions culturelles de jouer un rôle concret dans la remise en cause des stéréotypes hérités de la colonisation. Il a cité en exemple l'exposition Le modèle noir au Musée d'Orsay comme précédent marquant, et salué la démarche similaire portée aujourd'hui par le musée grenoblois. Selon lui, un musée peut « brouiller » les représentations figées et « proposer autre chose », en donnant à voir une histoire plus complexe et plus juste. Dans ce cadre, la représentation des Afrodescendants dans l'art constitue bien plus qu'un enjeu esthétique : c'est une question de mémoire collective et d'identité nationale.
L'événement a également mis en lumière des liens historiques souvent méconnus entre Grenoble et les territoires ultramarins. L'Isère, à travers notamment la fabrication de sirop et les intérêts liés au sucre de canne, s'est révélée partie prenante d'une histoire partagée avec les Antilles. Pap Ndiaye a insisté sur ce point : l'histoire coloniale de la France ne concerne pas uniquement les personnes afrodescendantes, elle engage l'ensemble de la société française, quelle que soit son origine.
Interrogé sur le fil conducteur de son parcours, entre histoire des sciences, enseignement supérieur, culture, Éducation nationale et diplomatie européenne, Pap Ndiaye a identifié un point commun à toutes ces étapes : l'intérêt pour les questions d'égalité des droits et la lutte contre les discriminations. Ce n'est pas une évidence qu'il revendique depuis toujours. Il a confié avoir d'abord travaillé sur des sujets éloignés de sa propre histoire, avant qu'un moment de bascule, plus tard dans sa carrière universitaire, ne l'amène à croiser intérêt général et trajectoire personnelle.
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Sur le rôle de l'école, il s'est montré nuancé mais engagé. Les manuels d'histoire ont selon lui « bien progressé depuis 25 ans », et l'éducation morale et civique constitue un levier essentiel pour former des citoyens éclairés sur les ramifications mondiales de l'histoire de France. Il a insisté sur la nécessité de penser la proximité historique avec le continent africain sans l'euphémiser : cette proximité n'exclut pas, dit-il, « la domination et l'exploitation » qui ont longtemps prévalu. Reconnaître cela, c'est aussi construire une citoyenneté plus lucide et plus solidaire.
Face à la situation actuelle, Pap Ndiaye a dit refuser aussi bien l'optimisme facile que le pessimisme paralysant. Son mot d'ordre : être combatif. Il a appelé à lutter contre toutes les formes de racisme, d'antisémitisme et de LGBTphobie, et à défendre les idéaux républicains sans céder au découragement. En matière culturelle, il a recommandé de se tourner vers les jeunes artistes afrodescendants qui renouvellent la scène française, citant notamment la réalisatrice Mati Diop pour le cinéma et le peintre Mati Biayenda pour les arts plastiques, comme des voix contemporaines essentielles pour comprendre cet héritage pluriel.
Article rédigé par Julie
Date de publication : le 04/11/2026.
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