Ces 8 métiers d'art menacés vont peut-être survivre grâce à 8 binômes sélectionnés pour transmettre des savoir-faire rares que personne d'autre ne peut enseigner

Le ministère de la Culture et l'Institut pour les Savoir-Faire Français viennent d'annoncer les 8 binômes retenus pour la promotion 2026-2028 du programme Maîtres d'Art – Élèves. Ce dispositif, considéré comme unique en Europe, unit chaque fois un artisan d'excellence à un professionnel en formation, pour deux ans de transmission intensive de savoir-faire rares. Stuc, archèterie, taillanderie, marbrure sur papier : huit métiers d'art sont à l'honneur cette année.

Ces 8 métiers d'art menacés vont peut-être survivre grâce à 8 binômes sélectionnés pour transmettre des savoir-faire rares que personne d'autre ne peut enseigner DR Ces 8 métiers d'art menacés vont peut-être survivre grâce à 8 binômes sélectionnés pour transmettre des savoir-faire rares que personne d'autre ne peut enseigner

Huit métiers d'art menacés retrouvent un avenir grâce au programme Maîtres d'Art – Élèves

Créé en 1994 par le ministère de la Culture, le programme Maîtres d'Art – Élèves s'inspire directement du modèle japonais des Ningen KokuhĹŤ, les Trésors Nationaux Vivants. Son principe est simple mais ambitieux : associer, pendant deux ans, un professionnel au sommet de son art à un élève soigneusement sélectionné, au sein même de l'atelier, pour transmettre des gestes que nulle école ne dispense. Le titre de Maître d'art représente la plus haute reconnaissance de l'État pour un professionnel des métiers d'art. Depuis ses débuts, le programme a accompagné 304 professionnels issus de 105 spécialités différentes, dont 53 savoir-faire considérés comme rares.

Pour la promotion 2026-2028, plus d'une cinquantaine de candidatures ont été déposées. À l'issue d'une procédure de sélection en double jury, 8 binômes ont été retenus, représentant 5 régions françaises et couvrant des domaines aussi variés que l'ameublement, l'architecture et le patrimoine bâti, la mode, la beauté, la culture et la communication. Six des huit spécialités retenues sont inédites dans l'histoire du programme, ce qui témoigne de la diversité et de la richesse encore méconnue des métiers d'art en France. Parmi les élèves sélectionnés, on compte 5 femmes et 3 hommes, pour 1 femme et 7 hommes du côté des Maîtres d'art.

Géré opérationnellement depuis 2012 par l'Institut pour les Savoir-Faire Français (anciennement INMA, association reconnue d'utilité publique depuis 1889), le programme bénéficie également du soutien de partenaires régionaux actifs. En Île-de-France, le Bureau du Design, de la Mode et des Métiers d'Art de la Ville de Paris a notamment soutenu la candidature du binôme en archèterie. Le département des Hauts-de-France est représenté par le tisseur à bras velours de soie Olivier Joannen, tandis que la Bretagne, la Normandie et la Nouvelle-Aquitaine complètent la carte territoriale de cette nouvelle promotion.

Les 8 binômes de la promotion 2026-2028 : des savoir-faire rares en cours de transmission

Chaque binôme de cette promotion incarne une histoire singulière, souvent née d'une rencontre fortuite entre un maître et un futur élève, avant de devenir une démarche de transmission structurée. Voici les huit duos sélectionnés pour la promotion 2026-2028 :

  • Stuc : Richard Auroux et Ludovic Brun (S.O.E Stuc & Staff, fondée en 1905 à Paris, Île-de-France). Transmission des techniques d'enduits décoratifs imitant la pierre ou le marbre, notamment pour la restauration de plafonds, corniches et éléments ornementaux.
  • Archèterie : Emmanuel Carlier, Meilleur Ouvrier de France, et Lydia Golde (BowsArchets, Île-de-France). Fabrication et restauration d'archets modernes pour instruments à cordes, dans la tradition profondément française née à Paris après la Révolution.
  • Taillanderie : Martin Claudel et Caroline Hasne (Taillanderie Claudel, Bretagne / Normandie). Forge d'outils tranchants à main, entre savoir ancestral et documentation des pratiques empiriques.
  • Photographie technicienne : Thomas Consani et Alexandre Dias Lopes (laboratoire PICTO, Île-de-France). Tirage à l'agrandisseur Noir et Blanc, au sein du premier laboratoire photographique professionnel français, créé en 1950.
  • Facture d'instruments à vent historiques : Henri Gohin et Jules Leroy Terquem (Atelier Henri Gohin, Île-de-France). Fabrication de flûtes à bec, hautbois et bassons Renaissance et baroques, fruit de 50 années d'expérience et d'environ 150 modèles développés.
  • Tissage à bras velours de soie : Olivier Joannen et Pauline Desmullier (Margueroy, Hauts-de-France). Fabrication d'étoffes en soie sur métiers à tisser manuels, au sein d'une maison dont les archives remontent à 1829.
  • Facture d'instruments à cordes frottées : Antoine Lescombe et Nolwenn Lefevre (Les Éclisses, Normandie). Lutherie moderne et baroque, dans la continuité d'un atelier caennais spécialisé dans les recherches historiques sur la facture baroque.
  • Marbrure sur papier : Marianne Peter et Paloma Errecaborde (Atelier Marianne Peter, Nouvelle-Aquitaine). Création de motifs uniques par dépôt de pigments flottants, pour la reliure, la papeterie de luxe et la restauration de papiers anciens.

Au-delà des techniques transmises, chaque binôme poursuit un objectif commun : assurer la pérennité d'un savoir-faire que nul cursus académique classique ne peut pleinement couvrir. Certains Maîtres d'art, comme Thomas Consani chez PICTO ou Richard Auroux chez SOE, engagent une véritable passation au sein même de leur entreprise, préparant leur retrait progressif tout en formant leur successeur. D'autres, comme Martin Claudel ou Marianne Peter, cherchent à documenter et formaliser des pratiques jusqu'ici transmises oralement ou de manière empirique, pour que ces gestes traversent les générations.

La sélection des binômes repose sur des critères rigoureux : le Maître d'art doit être professionnel en exercice ou récemment retraité, avec un savoir-faire pour lequel l'offre de formation est restreinte ou inexistante. L'élève doit quant à lui justifier d'un premier diplôme, d'une expérience professionnelle initiale et d'un projet professionnel clairement défini. Une attention particulière est portée à la représentation territoriale et à la place des femmes dans les candidatures retenues.

Pour accompagner ce parcours, des aides financières sont prévues des deux côtés : une allocation dédiée permet aux Maîtres d'art de dégager du temps pour la transmission, tandis que les Élèves bénéficient d'une aide ciblée pouvant couvrir l'acquisition d'outillage, des formations spécialisées, des prestations de conseil, ou encore la création ou reprise d'une entreprise. À l'issue des deux années, sous réserve de validation complète du processus de transmission, l'élève reçoit une attestation et un insigne reconnaissant son parcours.

Article rédigé par Marie.
Date de publication : le 04/06/2026.

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