Tout se passe bien au Théâtre Alsacien de Mulhouse ?
© J-M Schreiber
Christian Ketterlin donne la réplique à une komische Wiwer
La dernière pièce jouée au Théâtre de la Sinne, Lily et Lily, et que j'ai mis en scène, a très bien marché. J'en suis vraiment comblé. On est en plein dans les Herre-n-Owe, les spectacles réservés aux hommes, où je joue et signe les textes. Ces soirées-là sont faites pour se lâcher et vont souvent sous la ceinture, chose qu'on s'autorise beaucoup moins durant la saison régulière. Tout se passe bien, on essaie de coller à l'actualité et de proposer des spectacles modernes, qui bougent. Mais je constate que le dialecte est plus ancré dans le Bas-Rhin que dans le Haut-Rhin, qui est à la traîne, et surtout à Mulhouse.
Le théâtre alsacien et le dialecte en général vont-ils disparaître ?
Il n'y a plus que dans les villages que les jeunes comprennent et parlent encore un peu l'alsacien. Chez moi, dans le Sundgau, à Hundsbach (300 habitants), 27 jeunes sont inscrits aux ateliers d'alsacien ! Guebwiller arrive à attirer aussi pas mal de jeunes, alors qu'à Mulhouse, on peine à rassembler douze enfants au Kindertheater tous les mardis soirs. C'est sûr que si cela continue, il y aura une pénurie de dialectophones. J'ai remarqué que même les spectateurs de nos pièces, une fois sortis de la salle pour aller en fumer une, discutent en français entre eux. Ich gläub's net ! (j'hallucine !)
Quelles sont d'après vous les solutions pour que ça change ?
L'Office pour la Langue et la Culture d'Alsace (OLCA) et ses nombreuses actions en région sont un vrai plus. Mais c'est aux parents de transmettre le dialecte à leur progéniture. J'ai deux petits-enfants de 9 et 13 ans et je leur parle en alsacien. C'est une sorte de responsabilité. Schweitzer disait : « si on perd sa langue, on perd son âme ». On peut être fier d'être Alsaciens, avec la culture et l'histoire que nous avons ! De mon côté, j'essaie de proposer des spectacles plus dynamiques. Les 20-40 ans ne veulent plus des vieilles pièces avec le Maire, le Curé... mais les anciens les réclament... Le dilemme !
Votre meilleur et votre pire souvenir au TAM ?
J'ai un souvenir ému de mon premier Herre-n-Owe, en 2004. J'ai essayé de lancer un esprit plus « cabaret satirique », avec moins de vulgarité. Le public l'a très bien accueilli. Le pire souvenir, c'est facile, c'était il y a 15 ans, on a tenté une pièce qui n'a pas du tout marché. On en parle encore comme d'un mythe.
Article rédigé par Mike.
Date de publication : le 08/02/2012.
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