À Mulhouse, les murs ne servent pas seulement de décor : certains racontent plusieurs siècles d’histoire locale. Alliance avec la Suisse, réunion à la France, passé industriel ou arrivée du street art… voici 7 façades et fresques à regarder de plus près lors de votre prochaine balade en ville.
© DR
El Sembrador s’étend sur 160 m² près du Marché.
Impossible de commencer ailleurs. Sur la place de la Réunion, la façade rouge de l’Hôtel de Ville est probablement le mur peint le plus célèbre de Mulhouse. Et surtout l’un des plus anciens.
L’édifice est construit en 1552 et sa façade est décorée dès cette époque. Les peintures que l’on observe aujourd’hui ont évidemment connu plusieurs restaurations et transformations au fil des siècles, mais elles perpétuent cette tradition particulièrement ancienne du décor peint à Mulhouse.
Regardez notamment les personnages, les fausses architectures et les blasons. Les décors font référence aux vertus du bon gouvernement mais aussi aux cantons suisses auxquels Mulhouse fut autrefois alliée.
Un détail mérite particulièrement le coup d’œil sur le pignon côté rue Guillaume Tell : le Klapperstein, ou « pierre des bavardes ». Cette pierre était autrefois associée à une peine infligée aux personnes reconnues coupables de médisance.
Où : place de la Réunion
© DR
La façade peinte de l’Hôtel de Ville remonte au XVIe siècle.
Quelques mètres suffisent pour découvrir une autre façade qui raconte une histoire très différente. La Maison Mieg, au 11 place de la Réunion, a été construite vers 1560.
Mais ce sont surtout les peintures réalisées en 1799 par Mathieu Mieg qui méritent l’attention. Elles évoquent la bataille de Sempach et mettent notamment en scène Arnold de Winkelried, figure héroïque de l’histoire suisse.
La date n’a rien d’anodin : ces peintures apparaissent seulement quelques mois après la réunion de Mulhouse à la France. Selon la documentation patrimoniale de la Ville, Mathieu Mieg entendait ainsi marquer son opposition au rattachement de Mulhouse à la France.
Autrement dit, cette jolie façade de la place de la Réunion cache aussi un message politique vieux de plus de deux siècles.
Où : 11 place de la Réunion
Changement d’époque. En 1998, l’artiste mulhousien Daniel Dyminski réalise une grande fresque pour célébrer le bicentenaire de la réunion de Mulhouse à la France.
Le peintre s’inspire de gravures anciennes représentant la cérémonie de 1798, tout en réinterprétant certains personnages. Sur le mur, l’ancien Hôtel de Ville devient le décor d’une scène particulièrement animée.
On y retrouve notamment côte à côte le drapeau blanc et rouge de l’ancienne République de Mulhouse et une représentation du drapeau français.
Une manière assez spectaculaire de raconter le moment où, après plusieurs siècles d’une histoire singulière, Mulhouse rejoint officiellement la France.
Où : rue Jacques Preiss
© Philippe Rigault
La fresque de Dyminski commémore la réunion de Mulhouse à la France.
Autre œuvre de Daniel Dyminski, autre morceau d’histoire mulhousienne. Sur l’ancienne école de chimie construite en 1879, une fresque réalisée en 1991 nous plonge dans un laboratoire aux allures presque fantastiques.
Chercheurs, serpentins, éprouvettes et instruments scientifiques rappellent un pan parfois moins connu de l’épopée industrielle locale : la chimie a joué un rôle essentiel dans le développement de l’industrie textile.
Blanchiment, teinture, recherche de nouvelles couleurs… les industriels mulhousiens avaient besoin de chimistes pour perfectionner leurs procédés. Un cours de chimie est d’ailleurs créé à Mulhouse dès 1822.
La fresque est donc bien plus qu’un décor coloré : elle rappelle le lien étroit entre science, textile et développement industriel dans la ville.
Où : 22 rue du Président-Kennedy
Voilà probablement le mur le plus trompeur de notre sélection. À la Cour des Maréchaux, fenêtres, verrière et bâtiments semblent prolonger l’espace réel. Sauf qu’une bonne partie de ce que l’on regarde est peinte.
Ce grand trompe-l’œil a été réalisé en 1991 par la Cité de la Création, un collectif d’artistes lyonnais, après la restructuration du secteur à la fin des années 1980.
La fresque mélange volontairement architectures anciennes et modernes pour fabriquer un morceau de quartier imaginaire. Même l’entrée du parking souterrain est évoquée par une verrière peinte.
Un petit détail historique s’y cache également : une caserne de pompiers occupait autrefois les lieux, de 1825 à 1972. Les artistes ont glissé une référence à ce passé dans leur composition.
Où : 22 rue des Maréchaux
Impossible de le confondre avec les fresques historiques du centre-ville. Avec ses couleurs éclatantes et son immense personnage, El Sembrador – Le Semeur appartient pleinement au Mulhouse du street art.
L’œuvre a été réalisée par INTI, artiste chilien reconnu internationalement, et inaugurée en décembre 2014. Avec environ 160 m², elle s'impose immédiatement dans le paysage.
Mais l’artiste n’a pas simplement reproduit son univers sud-américain à Mulhouse. Son personnage porte des motifs textiles directement inspirés de l’histoire industrielle locale, créant un pont entre son univers artistique et celui de la ville.
Pour prolonger la découverte, le JDS revient également sur la dernière création apparue sur le M.U.R. de Mulhouse, autre lieu emblématique du street art local.
Où : 20 avenue du Président-Roosevelt
On connaît surtout le Bollwerk comme l’un des derniers vestiges des anciennes fortifications de Mulhouse. Sa tour remonte au XIVe siècle, mais il faut aussi regarder sa fresque.
Réalisée à la fin du XIXe siècle, elle raconte un épisode remontant à 1385. Selon le récit représenté, le chevalier Martin Malterer, allié des Autrichiens, aurait tenté de prendre Mulhouse par surprise pendant la nuit.
Un bourgeois nommé Pröbstlin aurait découvert la manœuvre et prévenu le bourgmestre Ulrich de Dornach. Celui-ci serait alors monté à cheval pour parcourir la ville en criant l’alerte et mobiliser les habitants.
Mulhouse aurait ainsi échappé à l’attaque. La prochaine fois que vous passez devant le Bollwerk, regardez donc les personnages : vous avez sous les yeux une véritable petite bande dessinée historique.
Où : secteur du square du Général-de-Gaulle / rue de Metz
Ce qui rend Mulhouse particulière, c’est finalement la continuité entre ces différentes œuvres. Les façades peintes de la Renaissance côtoient les trompe-l’œil des années 1990 et les créations de street artists contemporains.
Depuis les années 1980, la ville a notamment relancé cette tradition en mettant plusieurs murs à disposition d’artistes. Aujourd’hui, elle se poursuit avec des lieux comme le quai des Pêcheurs ou le M.U.R. rue de la Moselle.
Pour aller plus loin, la Maison du Patrimoine Édouard Boeglin propose des parcours consacrés à l’histoire et au patrimoine de Mulhouse.
Elle organise justement la visite guidée « Les murs peints, toute une histoire ! », avec de prochaines dates les 26 août et 23 septembre 2026.
Mais rien n’empêche de commencer gratuitement et en autonomie : il suffit finalement de lever les yeux en marchant dans Mulhouse.
Article rédigé par Mathilde
Date de publication : le 25/08/2026.
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