À Mulhouse, 170 ans d'histoire du logement populaire se lisent dans trois quartiers emblématiques : la Cité ouvrière, née en 1853 pour loger les ouvriers de l'essor industriel alsacien, les grands ensembles des années 1950-1960 comme Wagner ou les Coteaux, et les opérations de renouvellement urbain plus récentes. Entre changements de formes architecturales, nouvelles attentes sociales et transformations profondes du tissu urbain, ces quartiers illustrent chacun à leur façon l'évolution du logement abordable en France.
© M.B.
L'éco-quartier Wolf-Wagner à Mulhouse
Dans la Cité ouvrière, les maisons basses et les petits jardins donnent encore une idée très concrète du projet lancé au milieu du XIXe siècle. Mulhouse est alors en plein essor industriel et doit loger une population ouvrière toujours plus nombreuse. La Société mulhousienne des cités ouvrières, créée en 1853, fera construire plus de 1 200 maisons.
Le modèle le plus connu reste le « carré mulhousien » : une maison divisée en quatre logements, avec une entrée et un jardin pour chacun. L'accession progressive à la propriété fait aussi partie du dispositif. Une formule assez novatrice pour l'époque, qui explique en partie pourquoi le quartier a tant évolué depuis. Extensions, vérandas, couleurs de façade, jardins transformés : la Cité ouvrière n'est jamais restée figée dans son état d'origine.
Après la Seconde Guerre mondiale, changement d'échelle. Il faut désormais loger vite et en nombre. Les barres et les grands ensembles modifient complètement le paysage. À Wagner, 13 bâtiments sont construits à la fin des années 1950 ; aux Coteaux, le quartier se développe à partir des années 1960.
Ces appartements apportent alors le confort moderne à de nombreuses familles. Mais les bâtiments vieillissent et la conception de ces quartiers finit elle aussi par montrer ses limites. À partir des années 2000, plusieurs secteurs mulhousiens passent donc par la case renouvellement urbain.
Wagner en est un bon exemple. Quatre barres, soit 230 logements, sont démolies tandis que d'autres immeubles sont rénovés. À leur place apparaissent 168 logements, entre maisons de ville, habitat intermédiaire et petits collectifs, autour d'un parc de 12 000 m². En 2013, Wagner fait partie des premiers quartiers français à recevoir le label ÉcoQuartier.
À quelques rues de la Cité ouvrière, la Cité Manifeste avait déjà ouvert une autre piste en 2005. La SOMCO confie 61 logements sociaux à cinq équipes d'architectes, parmi lesquelles Jean Nouvel, Shigeru Ban et Lacaton & Vassal. Grands volumes, terrasses, pièces modulables : la Cité Manifeste rompt avec les plans très standardisés du logement social.
Le contraste avec les grands ensembles est net. Un même modèle n'est plus répété à grande échelle : les formes, les tailles et les usages se diversifient. Cette évolution se retrouve dans les opérations de renouvellement plus récentes, avec davantage de petits collectifs, de maisons en bande, de végétation et d'espaces piétons.
En 170 ans, Mulhouse est ainsi passée de la petite maison ouvrière au grand ensemble, avant de revenir vers des quartiers plus variés et plus ouverts. Les bâtiments ont changé, les attentes aussi. La question de départ, elle, reste étonnamment actuelle : comment proposer des logements abordables où l'on se sente bien ?
Article rédigé par Mathilde
Date de publication : le 26/10/2026.
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