Du 01/06/2026 au 15/09/2026
Galerie de l'Instant, 46, rue De Poitou | Paris
Gratuit
La corolle blanche de la jupe de Marilyn soulevée par le courant d’air de la grille de métro, à l’angle de la 52e Rue et de la 5e Avenue… Invité par Billy Wilder sur le tournage de Sept ans de réflexion en 1954, Sam Shaw s’approche au plus près de ce qui se joue. Au plus près de la chair, baignée d’une clarté aussi radieuse que celle des étoiles dont la scintillation continue de nous atteindre, bien qu’elles se soient éteintes depuis longtemps. Que dire de Marilyn Monroe qui n’ait déjà été écrit, raconté, ressassé ? Trop de mots, trop de clichés, d’épreuves tirées à l’infini, commentées à satiété. La blonde platinée la plus exposée au monde. Et cependant dans les portraits que le photographe new-yorkais a pris de l’actrice entre 1954 et 1958, quelque chose nous est signifié du mystère. De l’intensité d’une vie. De sa beauté. Et de sa vulnérabilité. La première rencontre date du tournage de Viva Zapata!, au moment où Sam Shaw commence à travailler pour divers studios de l’industrie cinématographique. Ils se lient d’amitié. À certains égards, ils sont compagnons d’armes. Dans l’arène du cinéma — « Tout le monde dit que je ne sais pas jouer » —, le photographe contribue indéniablement à la performance de Marilyn. Elle se sent en confiance sous le regard de Shaw. Toute à la ferveur de ses amours naissantes avec l’écrivain Arthur Miller, son troisième mari, elle ne porte plus son cœur en bandoulière. Les photographies réunies entre ces pages sont autant d’images solaires : Marilyn au studio dans le rôle-titre de Marilyn — bouche rouge rubis, barbe à papa de boucles plus blondes que blondes… De toutes les prises de vue réunies dans cette petite anthologie, celles opérées à Roxbury, la propriété de Miller dans le Connecticut, sont inoubliables. Rien de spectaculaire au demeurant. Des moments d’intimité heureuse. Mais le regard de Shaw n’a jamais été aussi tactile, jusqu’à nous faire éprouver la pâleur crémeuse de cette peau de lait frais et à pénétrer le halo de douceur et d’abandon de ce visage livré à lui-même. Au verso d’un des tirages où le couple est adossé un arbre, Marilyn avait noté : « Les films, c’est mon affaire, mais Arthur c’est ma vie » — Voire. La frontière est labile, poreuse pour celle qui s’expose, jusqu’au vertige, à l’art du dédoublement. Les images de Marilyn à sa coiffeuse, adonnée à la cérémonie rituelle du maquillage, offrent une troublante mise en abîme où se révèlent à la fois la distance et la proximité entre elle et l’Autre. Norma Jean savait mieux que personne capter, à la surface du miroir, le reflet éblouissant de Marilyn Monroe. Faire surgir, libérer la présence exquise et instable, en étudier les expressions, en adopter les poses. L’apprivoiser au point d’en tenir le jeu avec une grâce irrésistible. Les photographies de Sam Shaw participent de ce pouvoir d’incantation. Les poètes ont le don de double vue. Truman Capote, dans le portrait incisif et fulgurant qu’il trace de la comédienne, associe le rayonnement de Marilyn à « un oiseau mouche en vol », que seule une caméra ou l’œil aux aguets du photographe seraient en mesure d’en fixer la poésie… Mais cette luminosité volatile s’avère assez puissante pour dissiper l’ombre de la petite fille qui n’a jamais eu de place et que personne n’attend nulle part. « Je veux juste être merveilleuse. Marilyn aura mis tout son art et son talent à approcher cette part de soi-même que la plupart d’entre nous ignore ou laisse à peine entrevoir, cette clarté d’âme que les portraits de Sam Shaw nous donnent à voir, dans toute sa ferveur et son étendue. » Marilyn : Souviens-toi. J’ai dit que si jamais des gens demandaient à quoi je ressemblais, qui était vraiment Marilyn Monroe, qu’est-ce que tu répondrais ? […] Je parie que tu leur dirais que je suis une cloche. Une paumée. Truman Capote : Bien sûr. Mais je dirais aussi… […] Je dirais que tu es une enfant radieuse. (Truman Capote, « Une enfant radieuse » in Musique pour caméléons, Paris, Gallimard, 1982) Jérôme Godeau Tout public.
© Lawrence SCHILLER, courtesy Galerie de l’Instant, Paris
Marilyn Monroe, tournage de Something’s Got to Give, Hollywood, 1962, LAWRENCE SCHILLER
Cet événement a été renseigné par un organisme institutionnel. Date de dernière mise à jour le 23/05/2026.
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