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Hugues Baum, graphiste créateur de T-shirt mulhousiens

Hugues Baum, graphiste créateur de T-shirt mulhousiens Hugues Baum, graphiste créateur de T-shirt mulhousiens DR

Hugues Baum, graphiste passé par les Beaux-Arts de Mulhouse, aime détourner les images, maniant l’ironie ou la dérision, dans ses T-shirt dédiés à Mulhouse. Une ville qui serait « parfaite » selon lui s’il y avait la mer...

Vous avez sans doute déjà vu des gens portant le T-shirt à l’effigie du Petit Mulhousien détournant le logo du Petit Marseillais ou prétendre que « Mulhouse, ce n’est pas pour les Mickey ! » avec la Tour de l’Europe comme attraction. Bientôt, vous découvrirez peut-être sur un sac la mort sanglante de Kenny, le gag récurrent de South Park, sur les lignes de tramway de la ville. Derrière ces mots et ces images se cachent Hugues Baum, graphiste et illustrateur, passé maître en art du détournement pour ces T-shirt vendus à la Vitrine, boutique de créateurs, à Mulhouse : « Je n’aime pas que les images soient lisses. Je préfère le détournement et les allusions, mais ce n’est pas totalement gratuit, j’essaye de dire quelque chose. C’est ce que je dirai à mon procès quand le Petit Marseillais m’attaquera », plaisante le graphiste qui vit néanmoins avec cette possibilité au-dessus de la tête. « Le Petit Marseillais, l’idée m’est venue dans la salle de bain, mais je l’ai choisi parce qu’il y a des similitudes entre Mulhouse et Marseille, des villes populaires, mal aimées, très décriées. Mon petit gars, il a une casquette à l’envers et des baskets. Il n’a pas une coiffe alsacienne. C’est le Mulhouse d’aujourd’hui », poursuit celui qui sait se faire un ardent défenseur de sa ville. « Je trouve qu’il y a une belle dynamique en ce moment. Tout le monde a tellement craché sur cette ville, or on peut faire quelque chose de plus constructif Le MUR, La Vitrine, Motoco, il y a une réappropriation de la ville par ses habitants. »

« Penser au mec qui s’est cassé la tête »

S’il reprend la culture populaire à si bon compte, c’est qu’Hugues Baum est un amoureux des images, pouvant s’extasier aussi bien devant une case de B.D de Tintin ou un tableau de Basquiat : « Pour moi, il n’y a pas de hiérarchie entre une image populaire ou plus noble. C’est très long de dessiner un logo. Quand je tombe sur une vieille boîte d’allumettes, je pense au mec qui s’est cassé la tête pendant des heures pour faire l’illustration. J’adorerais aller dans un supermarché au Japon rien que voir les emballages des produits : et comme je ne connais pas la langue, je ne serais pas parasité par le sens, il y aurait juste la qualité graphique. » Bien sûr, il a ses affinités et notamment avec la musique indé, réalisant des pochettes de disques pour des groupes locaux : « A une période, avec des amis, il fallait que chacun déniche le meilleur groupe de la terre que les autres ne connaissaient pas encore. Un graphiste comme Vaughan Oliver, du label 4AD qui a signé les Pixies, m’a beaucoup inspiré, avec la volonté d’apporter plus qu’une représentation de quatre gars qui font de la musique et qu’une photo de groupe qui vieillit mal », souligne-t-il.

Dans l’illustration pure, les images d’Hugues Baum se font plus sensibles. Après les attentats de Charlie Hebdo, il a publié un dessin, un crayon en forme de bougie d’où coule une larme de cire, repris en pleine page pour 1 000 crayons pour la liberté d’expression aux éditions Le Bec en l’air. « Je me suis posé beaucoup de question avant de le faire. Je savais que les dessins allaient pleuvoir de toute part et je me suis demandé si cela aurait du sens de rajouter le mien d’autant que je ne voulais pas m’engager dans un débat politique, donc j’ai juste réagi par rapport au fait que l’on puisse mourir pour un dessin. » Aujourd’hui, il planche pour la première fois sur un livre pour enfants, avec son frère, Gilles Baum, auteur jeunesse : « Tout est parti d’une illustration que j’avais faite d’un oiseau qui a la tête coincée dans un cône de travaux. Ce sera surréaliste et inclassable. Si ça peut traumatiser quelques gamins qui auront envie de faire graphiste plus tard… », déclare Hugues Baum, qui ne maîtrise visiblement pas seulement l’art du détournement, mais aussi de la dérision.

Des goûts & des couleurs

En boucle sur votre Ipod ?
Leave My room de DBFC

Votre livre de chevet ?
L’Écume des jours de Boris Vian et l’Œuvre complète de Saul Bass, un graphiste américain

Une personnalité que vous admirez ?
Vaughan Oliver, le graphiste du label 4AD qui m’a vraiment influencé et qui tient dans le temps

Un endroit où vous vous sentez bien ?
Allongé par terre dans mon jardin

Votre resto préféré dans le coin ?
Le Gambrinus, parce que c’est super ce que fait JP (le gérant, NDLR)

Ce qui vous émerveille dans la vie ?
C’est bateau ce que je vais dire, mais mes enfants. J’adore être spectateur de leurs avancées.

Votre dernière grosse colère ?
Probablement contre un client qui n’a rien compris à mon travail

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