Née en Ukraine en 1895, Katia Granoff a traversé l'exil, la guerre et les crises pour s'imposer à Paris comme l'une des galeristes les plus influentes du XXe siècle. De son premier espace d'exposition en 1924 jusqu'au quai de Conti, elle a défendu avec conviction des artistes majeurs tels que Chagall, Soutine ou Monet. Son héritage est aujourd'hui perpétué par la Galerie Larock-Granoff, au cœur de Paris.
Née en 1895 en Ukraine, Katia Granoff connaît dès l'adolescence les affres de l'exil. Orpheline à seize ans, contrainte de fuir après la Révolution russe, elle traverse l'Europe avant de poser ses valises dans la capitale française, alors l'un des foyers les plus vibrants de la modernité artistique. À Paris, sans ressources mais animée d'une curiosité profonde pour la création, elle découvre sa vocation au détour d'un salon d'exposition. C'est au Salon des Tuileries, à vingt-huit ans, qu'elle comprend que son avenir sera lié aux artistes et à leur défense.
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Katia Granoff, pionnière de la galerie d'art à Paris et figure incontournable de l'École de Paris
En 1924, elle ouvre son premier espace d'exposition. Deux ans plus tard, sa galerie s'installe boulevard Haussmann, avant de rejoindre définitivement le quai de Conti, adresse qui deviendra indissociable de son nom. Dans un milieu de l'art alors très majoritairement masculin, cette femme d'origine ukrainienne s'impose avec une personnalité singulière et un regard résolument libre. Pour elle, le métier de galeriste repose avant tout sur une rencontre humaine et une confiance absolue dans le travail des créateurs. Elle évoque elle-même un « mariage spirituel » avec ceux qu'elle choisit de défendre, en Île-de-France comme au-delà des frontières.
Parmi les figures qu'elle accompagne, Marc Chagall occupe une place particulière. Katia Granoff soutient sa vision artistique avec une détermination remarquable, allant jusqu'à s'opposer au refus de l'une de ses œuvres au Salon des Tuileries. Elle œuvre également aux côtés d'autres représentants majeurs de l'École de Paris : Chaïm Soutine, Mané-Katz, Mikhaïl Kikoïne, Georges Kars, mais aussi George Bouche, Émile-Othon Friesz, Pierre Laprade, Amédée Ozenfant et Chana Orloff. Fauves, expressionnistes ou figuratifs : les étiquettes n'ont guère d'importance à ses yeux. Seule la sincérité de la peinture compte.
La trajectoire de Katia Granoff n'est pas un long fleuve tranquille. Crises économiques, faillite, Seconde Guerre mondiale, exil, pillage de sa galerie : elle connaît les ruptures les plus brutales. Pourtant, chaque fois, elle choisit de reconstruire plutôt que de renoncer. À partir des années 1950, elle ouvre successivement des espaces à Honfleur, Cannes et Paris, témoignant d'une énergie et d'une foi en l'art qui ne se démentent pas.
En 1956, elle prend un pari audacieux qui fera date dans l'histoire de l'art : elle acquiert et expose les Nymphéas de Claude Monet, alors perçus comme difficiles à vendre, voire incompris du marché. Son intuition se révèle visionnaire. Grâce à l'appui d'Alfred Barr, plusieurs de ces œuvres rejoignent ensuite les collections du Museum of Modern Art de New York, consacrant définitivement Monet dans le panthéon de la peinture mondiale. Ce coup d'éclat illustre parfaitement la singularité de Katia Granoff : croire avant de convaincre.
À sa disparition en 1989, Katia Granoff transmettait bien plus qu'un fonds de commerce ou une adresse prestigieuse : une philosophie, une éthique et une certaine idée du rapport entre l'art et l'humain. Cette conception, résumée en trois principes, reste au cœur de l'identité de la galerie :
Transmis à son neveu Pierre Larock, puis aux générations suivantes avec Marc, Edouard et Gabrielle Larock, cet héritage est aujourd'hui vivant au 13 quai de Conti à Paris, où la Galerie Larock-Granoff poursuit la même ambition : faire dialoguer artistes historiques et créateurs contemporains, signatures consacrées et talents émergents, dans un lieu qui reste avant tout un espace de rencontre et de conviction.
Article rédigé par Julie
Date de publication : le 26/10/2026.
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