À Mulhouse, au 7 bis rue des Franciscains, Olivier Gary exerce le métier de luthier depuis 45 ans. Violons, altos et violoncelles passent entre ses mains pour y être fabriqués, réparés, réglés ou expertisés. Derrière chaque instrument, une histoire à reconstituer, un son à trouver ou à restituer. Portrait d'un artisan dont la vocation est née d'un archet cassé à l'âge de 16 ans.
Sur l'établi, un violon du début du XXe siècle porte les traces du temps. Olivier Gary l'examine, repère les bords à recoller, les réglages à reprendre. Chaque instrument arrive avec son histoire, son état, et réserve parfois quelques surprises.
La vocation d'Olivier Gary tient à un accident. À 16 ans, il casse son archet. Son père, altiste à l'Orchestre de Strasbourg, l'emmène chez un luthier. Révélation : « J'ai pris conscience qu'un instrument, il fallait le construire. » Le jeune homme entre en école de lutherie. Depuis, son quotidien se partage entre fabrication, réparation et expertise : reconnaître une facture, une époque, un pays, parfois redonner une identité à un violon sorti d'un grenier.
Le travail du luthier se joue dans les détails : position de l'âme, chevalet, angle du manche, choix des cordes ou rabotage de la touche. Olivier Gary utilise la traditionnelle colle d'os, qui durcit une fois sèche mais peut être cassée proprement lors d'une future réparation.
Les techniques restent proches de celles employées depuis des générations. Les connaissances et les outils ont progressé, notamment pour l'expertise, mais le geste demeure très artisanal. Quant au prestige des vieux violons, Olivier Gary se garde des raccourcis : « Un bon violon moderne sonnera très bien, un mauvais violon ancien ne sonnera pas. »
© Mathilde Bourgain
Olivier Gary au violoncelle
L'expertise ajoute une part d'enquête au métier. Provenance, époque, auteur : Olivier Gary aime chercher ce que raconte un instrument. L'une de ses plus belles découvertes reste un violoncelle en très mauvais état, que plusieurs confrères estimaient sans intérêt. Après des mois de restauration, il le fait expertiser à Paris : l'instrument est attribué à Andrea Guarneri, grand luthier de Crémone. « Je l'ai sauvé », souffle-t-il.
Au sein de l'atelier mulhousien, il s'agit aussi de trouver le bon accord entre l'instrument et celui qui le joue. Les professionnels peuvent essayer de nombreux archets : poids, équilibre ou densité de la baguette influent sur les sensations et le son. Olivier Gary parle volontiers d'un « mariage à trois » entre le musicien, le violon et l'archet. Après 45 ans de métier, il envisage la retraite avec une envie : retrouver davantage le plaisir de la fabrication.
© Mathilde Bourgain
Le luthier a fabriqué cet alto en 1981 pour son père
Article rédigé par Mathilde
Date de publication : le 09/09/2026.
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