La crue de 1846 dans la Loire : cette nuit de cauchemar oĂą la digue de Roanne a cĂ©dĂ© et tout emportĂ© sur son passage

En octobre 1846, des pluies torrentielles s'abattent sur le département de la Loire pendant près de quarante heures, provoquant une inondation d'une ampleur sans précédent. La Loire atteint des niveaux record, emportant ponts, bateaux et habitations sur son passage. Cet épisode, évoqué dans le numéro 171 de Loire Magazine publié le 5 octobre 2026, reste à ce jour la plus importante crue jamais enregistrée dans le département.

Quand la Loire se dĂ©chaĂ®ne : l'inondation catastrophique d'octobre 1846 dans la Loire

Pendant près de deux jours, les 17 et 18 octobre 1846, des précipitations diluviennes transforment radicalement le visage du département de la Loire. Ce qui n'était qu'un crachin persistant tourne rapidement à la cataracte. Les ruisseaux habituellement tranquilles se muent en torrents impétueux, tandis que la Loire elle-même sort de son lit avec une violence inouïe. Dès midi le samedi 17 octobre, le fleuve atteint 6 mètres au-dessus de l'étiage sous le pont du Pertuiset, avant de continuer sa montée inexorable.

La grande crue de la Loire en 1846 : retour sur une catastrophe historique dans le dĂ©partement DR La grande crue de la Loire en 1846 : retour sur une catastrophe historique dans le dĂ©partement

Entre Saint-Rambert et Feurs, le fleuve arrache tout sur son passage : entrepĂ´ts de bois et de charbon, vĂ©gĂ©tation, ponts et embarcations. Sur ses rives, les Ă©tables sont envahies, les bĂŞtes emportĂ©es. La diligence de Bordeaux, engagĂ©e sur la route royale 89 Ă  Feurs, s'immobilise brutalement après avoir butĂ© dans une ornière submergĂ©e. Le cocher et quatre passagers sont emportĂ©s lors de la manĹ“uvre ; les survivants, rĂ©fugiĂ©s sur le toit de la voiture, y passent la nuit entière avant d'ĂŞtre secourus. Ce drame illustre Ă  lui seul l'imprĂ©visible violence que peut atteindre une crue en Auvergne-RhĂ´ne-Alpes lorsque les conditions mĂ©tĂ©orologiques s'enchaĂ®nent dĂ©favorablement.

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À 18 heures ce même samedi, la Loire atteint un niveau record de 14 mètres 40 à Unieux. De mémoire d'homme, jamais pareille hauteur n'avait été observée. Le maire de Montbrison ordonne alors la surveillance permanente des ponts du Vizézy et demande que l'éclairage soit maintenu toute la nuit. L'inquiétude est palpable de part et d'autre du fleuve, dans chaque commune riveraine du département.

Roanne dĂ©vastĂ©e, le roi mobilisĂ© : les consĂ©quences humaines et politiques de la catastrophe

À Roanne, la nuit du 17 au 18 octobre bascule dans le cauchemar à 23h30. La digue censée protéger la ville, séparant le fleuve du Renaison, cède brusquement. Une vague déferle sur la cité, réveillant les habitants en sursaut. Les maisons construites en pisé ne résistent pas à l'assaut. Au port, 200 navires disparaissent, ainsi que 33 000 pièces de vin et 3 000 pièces d'eau-de-vie. Au petit matin, un tiers des bâtiments s'est effondré, dont l'hôtel de la Poste, remplacé par un cratère de dix mètres. L'hôpital et l'établissement du Phénix prennent en charge jusqu'à 1 200 blessés, même si le nombre de morts reste, heureusement, limité à deux dans la sous-préfecture.

Les dĂ©gâts matĂ©riels se chiffrent Ă  plus de 2 millions de francs. Face Ă  l'ampleur du sinistre, le prĂ©fet ouvre des souscriptions et lance des appels aux dons. Industriels et notables rĂ©pondent prĂ©sents : le baron de Perron verse 3 000 francs, M. Genissieux de Saint-Étienne, 17 000 francs. L'Ă©lan de solidaritĂ© gagne rapidement l'ensemble du pays. Les 23 et 24 octobre, le conseil des ministres rĂ©uni Ă  Saint-Cloud dĂ©cide que le Roi dĂ©bloquera 1,4 million de francs pour les secours d'urgence et 2 millions supplĂ©mentaires pour les travaux de voirie.

Cet épisode reste, à ce jour, la crue la plus importante jamais enregistrée dans le département de la Loire, avec des débits estimés à deux fois supérieurs à ceux de la crue de 2003. Des repères de crue, visibles notamment sur le mur de la capitainerie au port de Roanne ou rue Jean-Moulin à proximité de la digue du Renaison, témoignent encore aujourd'hui de ces niveaux exceptionnels atteints par les eaux. Ces marques dans la pierre entretiennent la mémoire collective de l'une des catastrophes naturelles les plus marquantes du XIXe siècle dans la région.

Article rédigé par Julie
Date de publication : le 06/10/2026.

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